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 Edito 

Il n’y aura pas de République des enfants

Qu’on ne s’y trompe pas, les débats électoraux n’ont fait apparaître aucune discussion aussi brève soit-elle sur la situation de l’enfance et la jeunesse. Il est vrai que les thèmes de campagne ont viré à l’hystérie. Par exemple, le travail des enfants n’a été évoqué que parce qu’un candidat aurait «fait travailler» les siens... alors qu’ils étaient déjà adultes.

 Par Jean-Luc Rongé 


La participation démocratique des enfants aux décisions qui les concernent se développe très modestement, à l’instar de quelques initiatives locales qui incitent à ce dialogue avec les jeunes et leurs familles.

À l’exception de quelques statistiques sur le chômage des jeunes et de commentaires sur l’école, sans trop s’appesantir sur le bilan de l’équipe qui arrive à son terme, les seules «promesses» se focalisent sur la justice des enfants, notamment par la suggestion de porter la «majorité pénale» à 16 ans (Fillon) ou l’ouverture de Centres éducatifs fermés (CEF) pour arriver à une centaine (Macron).

L’un se fiche bien que son idée de faire juger les ados comme des adultes heurterait les valeurs constitutionnelles (rappelées par le Conseil constitutionnel) et conventionnelles (notamment la Convention des droits de l’enfant).

L’autre ne s’est pas encore rendu compte que la promesse de Hollande de doubler le nombre de CEF s’est heurtée à l’impossibilité de les remplir et à l’inadéquation de ce type d’établissement à tous les «enfants délinquants». Au moins, la ministre de la justice, Christiane Taubira l’avait compris, tout comme la directrice de la PJJ, Catherine Sultan.

La question de la pauvreté des enfants et des jeunes est à peine abordée, sinon dans les grands plans économiques qui devraient aboutir et à la diminution du chômage, et à l’augmentation des revenus des ménages, par la baisse de la fiscalité, etc.; on connaît la chanson.

Les associations en première ligne de la lutte contre la pauvreté sont bien seules quand elles rappellent que celle-ci touche en premier lieu les enfants de moins de 10 ans (11,2 %), 12,1 % des adolescents (10-19 ans) et les jeunes adultes (20-29 ans) dont plus d’un sur dix est pauvre, selon les chiffres de l’Observatoire des inégalités.

L’école a les faveurs de tous : retour aux «fondamentaux» pour les uns - «lire, écrire, compter» sans trop savoir comment on fait -; deux enseignants par classe dans le fondamental des zones prioritaires, pour d’autres... sans trop savoir comment on peut déjà remplacer un prof absent; ou encore dédoubler les classes des mêmes zones, en ne sachant pas si les 60 000 enseignants supplémentaires promis par Hollande sont bien là et s’ils seront suffisants.

Les collectivités locales ? Silence radio sinon que les économies annoncées les toucheront à nouveau. Moins de budget, moins de protection sociale... et sans doute plus de discriminations; songeons au sort réservés aux mineurs isolés étrangers.

L’appel du favori (Macron) à la société civile pour l’aider à gérer l’État ne se traduit guère autrement que par le recrutement «d’experts». Notons, à cet égard, la présence à ses côtés de Jean-Marc Borello, patron du tentaculaire groupe SOS, spécialiste de l’économie sociale et gestionnaire de nombres d’établissements médico-sociaux.

Déjà, au-delà des candidats se revendiquant de la gauche (Hamon, Mélenchon, etc.), la consultation citoyenne et la démocratie participative ne font guère recette. Alors, s’agissant la participation des enfants aux décisions qui les concernent, on n’entend guère d’échos. Il faudra encore à l’avenir s’appuyer sur des initiatives locales, comme les Projets éducatifs territoriaux (PEDT), le plus souvent focalisés sur l’organisation des temps «périscolaires» à la charge des communes... plutôt que de s’en prendre aux inégalités.

La participation démocratique des enfants aux décisions qui les concernent se développe très modestement, à l’instar de quelques initiatives locales qui incitent à ce dialogue avec les jeunes et leurs familles. Bien trop souvent, on la limite à une discussion avec ceux qui sont chargés de leur éducation sans la faire sortir des projets d’école ou d’activités annexes.

Il y a du chemin à faire, et ceux qui le tracent ne sont guère entendus, ce pourquoi nous avons fait le choix de publier le cahier de revendication de l’AEDE qui regroupe plus de 50 organisations soucieuses du progrès des droits de l’enfant.