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Edito du n° 200 (12-2000)

Fin de siècle, début de siècle

Le JDJ a vingt ans en l'an 2000 finissant. L'actualité, dans ce numéro 200, donne une image contrastée des droits de l'homme dans le pays qui se targue d'en être la patrie.

Ce sont des parlementaires français qui ont qualifié nos prisons d'«humiliation pour la République» et les zones d'attente et centres de rétention d'«horreur de la République». Après cela, le langage des organisations de défense des droits humains semblera bien modéré.

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


La construction de l'Europe fait espérer la fin des guerres dans ce coin du monde, plus de justice et, peut-être, plus de liberté pas seulement pour les marchands.

Pour ne parler que de la France, la barbarie des généraux de 14-18 et celle de la torture en Algérie nous rappellent que nous ne sommes pas si loin du Moyen-Age. De Saint-Vincent de Paul à Médecins sans frontières, de Zola à Badinter, des luttes ouvrières à la Sécurité sociale et au RMI ou à la CMU, l'humanisation de notre société est aussi réelle. La construction de l'Europe fait espérer la fin des guerres dans ce coin du monde, plus de justice et, peut-être, plus de liberté pas seulement pour les marchands.

Quelques esprits chagrins se désolent que la France subisse la loi des juridictions européennes de Strasbourg ou de Luxembourg qui se mêlent - outre du calibre des olives et de la composition du chocolat - de ce qui se passe dans nos commissariats de police, nos clubs sportifs et nos tribunaux pour enfants.

La ministre de la Justice a dû rappeler que l'action de son ministère ne saurait avoir pour but de préserver notre patrimoine juridique en neutralisant la jurisprudence européenne, ainsi que le souhaitent quelques souverainistes attardés. Les ministères semblent avoir plus de mal à assimiler l'obligation de rendre corectement des comptes au Comité des droits de l'enfant des Nations unies, mais sans doute cela est-il encore trop nouveau.

Pour l'immédiat, la section française de DEI (Défense des enfants international) constate, dans un contexte économique de relance, quelques avancées des droits de l'enfant en France en 2000 : la reconnaissance de l’objectif politique qu’est l’enfance transparaît de la création d’un ministère de l’Enfance et de la Famille et la nomination du Défenseur des enfants.

L'ONG met à l’actif du gouvernement «un certain discours sur l’enfance», une approche de la famille faite plus de responsabilité, et aussi de ne pas avoir cédé sur la pilule du lendemain. La reprise économique est essentielle pour garantir les droits formels, remarque DEI qui se réjouit de la baisse du chômage et du nombre de RMI, mais se préoccupe de la sortie de crise qui ne sera pas réelle pour tous : des inégalités résulteront de la relance. DEI ressent toutefois un sentiment partagé à l’égard des pouvoirs publics «en observant des prudences, des contradictions, des silences, des réticences, des blocages».
Ainsi, les propositions de la commission parlementaire sur les droits de l’enfant n’ont quasiment reçu aucune suite.

Le médiateur des enfants est devenu défenseur. La réforme des lois de la filiation et de la famille promises comme «une priorité sociétale» par Elisabeth Guigou sont en attente de la fin de la période électorale. On réforme la loi sur l’I.V.G., mais les parents devront donner leur accord, à défaut un adulte. On avance sur l’idée d’accès aux origines, mais il serait une possibilité et non un droit.

S’agissant des enfants étrangers isolés, on est obnubilé, non par le souci de bien accueillir des victimes de la pauvreté ou de la guerre, mais par celui de «ne pas créer un appel d’air». Comme si toute l’Afrique allait débarquer à Roissy ou Marseille !
On prône le droit de l’enfant, mais on accepte un texte sur l’adoption internationale du député Mattei qui ne songe qu’aux parents ou futurs adoptants en faisant primer le droit français sur toute autre considération. Sans parler du droit au logement, à l'éducation, aux loisirs qui sont loin d'être une réalité pour nombre d'enfants de France.

Au début du siècle qui vient, la France moderne n'a pas complètement pris le pas sur l'ancienne.