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Edito du n° 202 (02-2001)

La gauche plurielle mangera-t-elle encore sa parole ?

Déjà, l'accord pré-gouvernemental entre les Verts et le parti socialiste qui prévoyait l'instauration d'un R.M.I. pour les jeunes de moins de vingt-cinq ans avait été jeté aux orties dans les premiers jours d'existence du gouvernement Jospin.

Au motif philosophique de ne pas favoriser l'assistanat chronique trop précocement, Martine Aubry a préféré laisser sans assistance - hormis 35.000 moins de vingt-cinq ans ayant charge de famille - des milliers de jeunes majeurs en détresse. Le gouvernement invoquait la création d'une série de dispositifs d'insertion dont on pouvait pourtant savoir qu'ils ne bénéficieraient qu'aux moins défavorisés des jeunes sans emploi.

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


La loi est-elle capable de donner l'autonomie pensée comme interdépendance ? A elle seule, sûrement pas. Mais sans intervention de la loi, celui qui est exclu le sera encore plus. Il ne s'agit pas de couper les solidarités familiales mais d'en compenser les défaillances.

Quelques rapports officiels plus tard, on semble entendre les cris d'alarme lancés par des organisations caritatives et s'apercevoir que le prétexte de la «trappe du R.M.I.» laissait des dizaines de milliers de jeunes sans ressource ni logement et le 7 novembre dernier, la majorité plurielle exprimait sa volonté de «prendre des mesures pour garantir un avenir à la jeunesse» notamment en améliorant le dispositif emploi-jeunes.

Le groupe parlementaire communiste a compris que cela ne pouvait suffire et réussi à faire inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale une proposition de loi, dite proposition Bocquet, tendant à créer une allocation d'autonomie pour les jeunes de seize à vingt-cinq ans sur base d'un projet de formation et d'accès à l'emploi.

Las, la proposition a été remplacée par la création d'une commission nationale pour l'autonomie des jeunes chargée d'étudier la proposition de création d'une allocation d'autonomie et de proposer la mise en place d'un dispositif expérimental (on ne parle plus de garantir un droit...), pour aboutir à la remise d'un rapport d'ici l'automne permettant d'éclairer le parlement qui devrait être saisi à nouveau de la création d'une allocation... La promesse n'engagera que ceux qui y croient.

Cela ressemble à un enterrement de première classe, à moins que notre esprit mal tourné soit trop pessimiste.

Isolés des autres droits, on en conviendra avec Jacques Fierens (page 21), les droits économiques et sociaux mènent à des excès. «L'effet pervers le plus significatif de l'idéologie des droits de l'enfant, explique-t-il, est d'en faire un individu plutôt qu'une personne, de l'isoler au nom de ses droits, de le couper d'un rapport d'interdépendance avec sa famille, ses éducateurs».

La loi est-elle capable de donner l'autonomie pensée comme interdépendance ? A elle seule, sûrement pas. Mais sans intervention de la loi, celui qui est exclu le sera encore plus. Il ne s'agit pas de couper les solidarités familiales mais d'en compenser les défaillances, s'il le faut par l'octroi d'une allocation lorsque les besoins de la personne ne peuvent être satisfaits par elle même ou par une intervention extérieure.

L'intitulé de la proposition Bocquet avait sans doute le défaut, dans cette perspective, de laisser croire que l'on voudrait permettre aux centaines de milliers de jeunes de seize à vingt-cinq ans de vivre aux frais de la princesse, alors qu'elle vise en premier lieu à permettre à des jeunes majeurs en situation précaire de subsister conformément à un minimum de dignité humaine.

Il n'en va certes pas uniquement d'une affaire d'argent mais, au risque de renier ses engagements, les partis de la gauche au pouvoir ne peuvent occulter cet aspect trivial et bassement pragmatique.