Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 211 (01-2002)

Pour leur apprendre à vivre...

La lutte contre l'insécurité sera t-elle la prochaine grande cause nationale ?

Depuis le colloque de Villepinte et le virage sécuritaire du gouvernement en 1997, le discours sur l'insécurité à le vent en poupe, à droite comme à gauche.

 Par Fabrice Bartholomé 


Il est grotesque de prétendre imposer une loi qu'on ne s'applique pas à soi-même.
Vouloir lutter contre l'exclusion, les incivilités et la délinquance par les méthodes mêmes qui les produisent est non seulement illusoire mais dangereux.

La mise en place de mesures telles les «couvre-feux», la loi destinée à renforcer le contrôle sur les «raves», le revirement sur la loi relative à la présomption d'innocence, le vote de la loi sur la sécurité quotidienne, tout cela participe à une politique de «tolérance zéro», pudiquement baptisée à gauche «mieux prévenir, mieux punir».

Les tirs de barrage contre l'ordonnance de 1945, la volonté affichée du RPR d'abaisser de seize à treize ans l'âge à partir duquel un mineur peut-être placé en détention provisoire en matière correctionnelle et l'affirmation de la nécessité d'une sanction pénale (à l'exclusion de la détention) pour les jeunes délinquants dès l'âge de dix ans sont autant de signes d'un tournant en ce qui concerne les politiques pénales à l'égard des mineurs.

C'est ce qui s'appelle un signal clair adressé aux jeunes, aux immigrés, bref aux populations des quartiers dits «sensibles». Les réponses apportées aux problèmes d'insécurité relevent d'une politique d'élimination.
Cette dérive sécuritaire permet de justifier l'abandon de toute une population (qu'il convient de dresser ou d'éliminer), illustre l'absence de tout courage politique et questionne le degré de conscience civique de nos élus.

À la lecture des textes de Moncef Marzouki, Bernard Defrance, Yann Le Pennec et Laurent Ott, une conclusion s'impose : il est grotesque de prétendre imposer une loi qu'on ne s'applique pas à soi-même. Vouloir lutter contre l'exclusion, les incivilités et la délinquance par les méthodes mêmes qui les produisent est non seulement illusoire mais dangereux.

Faire des jeunes en général les boucs émissaires de notre insécurité revient à désigner des cibles commodes et à détourner l'attention d'autres tâches prioritaires visant à l'amélioration de nos sociétés. C'est aussi cautionner les injustices sociales dont ils sont victimes et les priver de toute reconnaissance. Le résultat conduira inmanquablement à plus de contrôle social mais pas à la tranquilité publique. Peut-être les choses pourraientelles changer dans les banlieues quand les maires cesseront d'envisager les problèmes posés sous le seul angle de l'ordre public.