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Edito du n° 213 (03-2002)

Placement d'enfants : le savoir aux barricades !

«A quel moment est-il nécessaire de séparer judiciairement parents et enfants ?» demande Maurice Berger qui répond en proposant des indicateurs ou jalons d’évaluation dont il a constaté la fiabilité à travers les longues années d'expérience de son service de pédopsychiatrie à Saint-Etienne.

La réponse à ces questions devrait intéresser tous ceux, travailleurs sociaux et magistrats, qui prennent en la matière des décisions lourdes de conséquences : peut-on espérer, dans telle situation, aider une famille et écarter le danger qui menace un enfant ou doit-on y renoncer ?

La décision est trop souvent déterminée par l'émotion que suscitent des faits non analysés, par l'urgence et le manque de temps pour évaluer, par la peur du risque, le manque de savoir ou de savoir faire des décideurs et des experts qui les conseillent.

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Les responsables de la protection des enfants ont, en France, l’arrogance tranquille de l’ignorance assumée, nous dit le Dr Maurice Berger.
Le scandale français de la protection de l'enfance réside moins dans ces dérives que dans l'indifférence et la tolérance fataliste des responsables à leur égard.

La notion - floue s'il en est - d'intérêt de l'enfant permet de décider tout ou son contraire en toute bonne conscience.

Le docteur Berger expose ces jalons d’évaluation, comme un témoignage, mais il pense que cela ne sert strictement à rien : il les a exposés à des magistrats pour enfants, à des représentants de ministères, et à la ministre de la Famille.
En vain ! Les responsables de la protection des enfants ont, en France, l’arrogance tranquille de l’ignorance assumée, conclut-il. Il commet dès lors un texte polémique, tentative supplémentaire pour tenter de sortir la Justice française de son immobilisme et l'aider à accéder à l’ère des lumières. Face à des sourds, l’insistance est parfois nécessaire.

Il y croit encore.

Pourquoi donc tant de discours et si peu de recherche dans ce domaine ? Si l'on objecte que ces travaux n'ont pas la rigueur scientifique voulue, il faut le démontrer par un argumentaire scientifique. Nous préférons en France le débat idéologique.
Non qu'il faille évacuer les questions sur les valeurs qui fondent l'action sociale, mais il est trop facile de s'en tenir là et de faire, au nom des contingences, exactement le contraire des principes affichés. On peut même se demander si les conclusions du docteur Berger sont vraiment à mettre dans toutes les mains, au risque de voir des professionnels de l'aide sociale ou des juges mal éclairés en utiliser, hors contexte, des éléments pour justifier n'importe quelles pratiques. Faute d'une démarche un tant soit peu scientifique, on pourra continuer, au café du Commerce, à dire qu'il y a, d'une part, cinquante pour cent des enfants placés qui ne devraient pas l'être et, d'autre part, cinquante pour cent de ceux qui devraient l'être qui ne le sont pas.

De toute manière, si parvenir à des préconisations étayées sur un diagnostic affiné et le plus objectif possible constitue un progrès souhaitable, cela ne servirait encore à rien si l'on ne dispose pas, en aval, d'un équipement à la hauteur pour les mettre en oeuvre. Les dérives institutionnelles à la manière des Orphelins Apprentis d'Auteuil en Isère ne sont sans doute pas aussi rares que l'on aimerait le croire. Les observer nous intéresse moins que de mesurer l'action de la puissance publique face à elles.

Le scandale français de la protection de l'enfance réside moins dans ces dérives que dans l'indifférence et la tolérance fataliste des responsables à leur égard.

Ni les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales, ni la Protection judiciaire de la jeunesse n'ont la capacité, nonobstant la bonne volonté des fonctionnaires, de contrôler régulièrement et partout en France la qualité des services rendus et, a fortiori, guère les moyens d'induire de manière significative des pratiques plus convenables où cela s'imposerait. Voilà un autre défi à relever dans les années à venir.