Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 214 (04-2002)

Effrayante campagne !

Chirac - Jospin, le pareil et le même ?

Tous deux proposent la création de CEF (centres éducatifs fermés) pour les mineurs délinquants. Le Président sortant se dit plus crédible à cet égard que le tantôt ci-devant Premier ministre qui ne pourrait, selon son adversaire, tenir cette promesse du parti socialiste car, comme lors de la législature précédente, ses partenaires nécessaires de la gauche plurielle s'y opposeraient.

Noël Mamère jure en effet que les Verts ne veulent pas de ces embastillements de mineurs.
Détention et éducation, fermés et éducatifs : ces mots hurlent d'être accouplés !

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Pourquoi donc ne pas parler vrai et nommer «centre de détention pour jeunes» ce que seraient en fait ces centres fermés, même avec éducateurs et psychologues pour faire mine de respecter la Convention européenne ?
Cela existe déjà dans les prisons françaises, dites-vous ? Doit-on feindre et jurer que ces centres fermés et soit-disant éducatifs seraient différents afin d'avoir l'air d'apporter une réponse au problème ?

Nos politiciens sont-ils sournoisement démagogues ou sottement paternels lorsqu'ils expliquent que, pour éduquer ces jeunes qui fuguent sans cesse, il faut bien ouvrir des centres fermés (ou fermer des centres ouverts...) pour se les garder sous la main en vue de les éduquer ?

La Convention européenne des droits de l'homme elle même permet qu'un mineur soit détenu en vue de son éducation. Cela semble si raisonnable, même si, d'expérience, on sait irréalisable un réel travail éducatif dans ces conditions. Hypocrisie du langage ?

Pourquoi donc ne pas parler vrai et nommer «centre de détention pour jeunes» ce que seraient en fait ces centres fermés, même avec éducateurs et psychologues pour faire mine de respecter la Convention européenne ? Cela existe déjà dans les prisons françaises, dites-vous ? Doit-on feindre et jurer que ces centres fermés et soit-disant éducatifs seraient différents afin d'avoir l'air d'apporter une réponse au problème ?

Sinon, retirons les mineurs des centres de détention gérés par l'administration pénitenciaire, en espérant que, rebaptisés «Centres fermés» et gérés par l'administration de la protection judiciaire de la jeunesse, nos prisons pour jeunes soient moins indignes d'une nation civilisée qu'elles ne le sont aujourd'hui, la réforme pénitenciaire promise ayant pas mal de plomb dans l'aile.

Mais arrêtons de croire ou de faire croire qu'elles seraient éducatives et beaucoup moins criminogènes. La prison (rebaptisée ou non) ne sera jamais qu'un constat d'échec et une mise à l'écart protégeant peut-être et pour un temps seulement les victimes potentielles. Si cela réussissait mieux quelque part sur la planète, cela se saurait...

«Effrayante campagne», écrit François Dubet dans Libération (20 février 2002), pointant la presse écrite et télévisée qui martèlent les faits divers afin que chacun finisse par croire que ça s'est passé près de chez lui.

«Démagogie et manipulation de la peur parce que la mise en scène de l'insécurité appelle toujours la seule solution qui paraît raisonnable : la répression, le renforcement des pouvoirs de police, la prison pour les mineurs, la mise en accusation des parents, et pourquoi pas, la peine de mort», écrit-il. Et s'il résiste à cette politique, ce n'est pas parce que la répression serait moralement condamnable, mais simplement parce qu'elle est largement inefficace et même renforce les conduites que l'on veut combattre.