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Edito du n° 215 (06-2002)

Hurler avec les loups

«Le Syndicat de la magistrature n’a cessé d’attirer l’attention depuis le 11 septembre 2001 sur le danger, pour les libertés, des thèmes sécuritaires agités par la droite pour détourner l’attention des problèmes pénaux du président de la République et repris par le Parti socialiste à des fins électoralistes.

Lionel Jospin n’a pas su résister aux sirènes des syndicats de policiers, gonflant les problèmes de petite délinquance pour renforcer la police de proximité au détriment de la police judiciaire et de la lutte contre la délinquance organisée. Les lois votées depuis six mois, sous les pressions policières, par une majorité parlementaire de gauche sont revenues sur la loi présomption d’innocence et donnent des pouvoirs accrus aux vigiles et aux policiers, constate le S.M. qui déplore que le Parti socialiste n’ait pas su opposer à la droite un discours ferme sur la prévention de la délinquance des mineurs et la défense de l’ordonnance de 1945 et qu'il ait joué aux apprentis sorciers, allant jusqu’à épouser les pires propositions de la droite, les centres fermés, la comparution immédiate pour les mineurs et la création d’un grand ministère de la Sécurité. Il a été dans l’incapacité d’apporter des réponses de gauche au leitmotiv sécuritaire et d’élargir les questions de sécurité au droit à la sécurité du travail, du logement, de la santé, de l’emploi...».

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Les réalisations dont le camarade Lionel était si fier, la couverture maladie universelle, les trente-cinq heures, entre autres, n'ont pas suffi à rendre crédible le parti majoritaire de la majorité plurielle aux yeux de ses partisans naturels.

Il est temps, conclut le syndicat, de reprendre l’initiative à gauche, et de cesser d’avoir honte de nos valeurs, la tolérance, l’égalité devant la loi et la protection des libertés individuelles, qui sont au coeur de la mission de la justice.

Nous eûmes pourtant des ministres bien sympathiques à la Justice : que reprocher à la brillante Elisabeth Guigou et la généreuse Marylise Lebranchu ? Sans doute ce qu'elles n'ont pas réalisé plus que ce qu'elles ont fait.

Ségolène Royal, de son côté, n'a pas fait que des bêtises (elle en a dit aussi, ajouterait l'humoriste).

Sérieusement, la misère des DASS et celle de la PJJ n'ont pas trop gâché leur sentiment de satisfaction. Les profs ne sont guère plus tendres pour la gauche gouvernementale et ils l'ont fait sentir dans leur vote; les personnels soignants ne sont pas plus heureux de la politique de soins même si Bernard Kouchner garde bien la cote. Les réalisations dont le camarade Lionel était si fier, la couverture maladie universelle, les trente-cinq heures, entre autres, n'ont pas suffi à rendre crédible le parti majoritaire de la majorité plurielle aux yeux de ses partisans naturels.

Le «peuple de gauche» qui, en 1981, fêtait dans la rue sa première victoire électorale après des décennies d'opposition s'est, cette fois, abstenu ou a voté en ordre dispersé. Le parti socialiste et les donneurs de leçons voudraient lui faire honte de s'être exprimé ainsi. De quel droit, ces réprimandes moralisantes ? Arrêtons de hurler avec les loups contre le citoyen irresponsable, car même s'il faut sans doute repenser le système électoral à deux tours ou le calendrier entre législatives et présidentielles, on ne pourra pas dissoudre le peuple. Même les abstentions ne furent sans doute pas toutes buissonnières et doivent être comprises.

Dans un pays où aucun ministre ne démissionne après la tuerie de Nanterre et où l'on préfère décorer d'un hochet républicain les survivants, où les prisons sont des cloaques et où l'on néglige de scolariser sérieusement les jeunes handicapés, où les sans-papiers et les jeunes sont laissés à la rue, on finit par se demander si la droite, qui se fait parfois intelligemment sociale, n'aurait pas assuré aussi bien et s'il ne vaut pas mieux renvoyer les élus de gauche dans l'opposition où l'on peut les espérer plus efficaces. Voilà une bonne raison (supplémentaire) d'avoir voté Chirac au second tour. Dans quelques semaines, aux élections législatives, nous aurons de nouveau le choix pour recomposer une majorité politique plurielle.

Nos bons élus, de gauche et de droite confondus, nous serinent, l'air grave et la bouche en coeur, avoir compris «le message de l'électeur», de ceux d'en bas à ceux d'en haut, dirait Touraine. Pour retomber bientôt, comme chaque fois après ce petit refrain post électoral, dans les ornières politiciennes de la communication et des effets d'annonce ?