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Edito du n° 216 (06-2002)

De la rhétorique à la pratique

Il est de bon ton de critiquer la manie de communication des politiques obnubilés par le souci d'être réélu : le premier ministre, ancien publicitaire, dirige un gouvernement qui voudrait ne pas rester provisoire et qui agite plus les ministres que les idées : le ministre de la Justice débarque à Lyon pour quelques annonces, celui de l'Intérieur mène des opérations esbroufe à Strasbourg ou sur les boulevards extérieurs de Paris.

Cela ne trompe guère son monde. Comme le consommateur devant la pub à la télé, le citoyen reste critique, rigole des grosses ficelles censées délivrer un «message fort» et apprécie la technique quand c'est «bien joué», même si parfois c'est «surjoué» comme les coups de menton du président de la République qui, vouant à la géhenne les siffleurs de Marseillaise, fut applaudi par tous les bien pensants qui confondent langage et pensée, théorie et rhétorique.

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


On a bien le droit de siffler la Marseillaise, ce chant barbare qui a si bien trouvé sa place dans les stades ou s'exalte un peu trop le nationalisme et le chauvinisme, et de préférer «Le temps des cerises», par exemple.

A tant invoquer les valeurs de la République dans un unanimisme religieux douteux, les grands prêtres de service sacralisent des symboles et voudraient nous faire croire, à nous pauvres jocrisses, que la liberté, l'égalité et la fraternité sont au programme.

On a bien le droit de siffler la Marseillaise, ce chant barbare qui a si bien trouvé sa place dans les stades ou s'exalte un peu trop le nationalisme et le chauvinisme, et de préférer «Le temps des cerises», par exemple. La réduction de l'impôt sur le revenu qui profite aux plus favorisés, la volonté d'enfermer les jeunes délinquants, ce programme, au demeurant déjà initié ou proposé par le gouvernement précédent, appliquerait les valeurs de la République ? Et si l'on parlait, plutôt que de cette République fourre-tout, de l'Etat, du service public, et du droit ?

Parlons en ! Et balayons devant nos portes. Chez les professionnels du social aussi, la rhétorique a parfois remplacé la théorie, cache-misère, à l'occasion, d'une pratique qui n'a rien à voir. Pierre Verdier analyse dans ce numéro une série de lois récentes dont l'objet est de restaurer la personne comme sujet de droit dans les institutions.

La loi du 6 juin 1984 sur le droit des familles, texte prémonitoire, suivi de la Convention des droits de l'enfant (1989) et de la loi du 20 avril 2000 sur les droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration puis, récemment les lois du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale et du 4 mars 2002 sur les droits des malades donnent une définition de l'action sociale centrée sur la personne et non plus sur l'institution.

Beaux principes ! Leur mise en pratique est une autre paire de manches. Le progrès des idées se traduit, certes incomplètement et lentement, mais sûrement, dans des législations et réglementations dont nous n'avons pas trop à rougir. Au pays des idées, on se satisfait trop, néanmoins, d'avoir réfléchi. Au pays des droits de l'homme, on se contente souvent de déclarations. La loi rénovant l'action sociale est-elle si novatrice quand elle oblige les institutions au respect de la vie privée et au respect des libertés individuelles - qui s'imposent aux services comme à tout un chacun depuis toujours - mais dont l'administration n'a pas les moyens ou la volonté, c'est selon, de contrôler l'effectivité ?

Cette loi crée quelques outils (livret d'accueil, règlement intérieur,...) qui ne seront que des gadgets si, comme l'espère Pierre Verdier, les usagers ne s'en emparent pas pour demander réparation des manquements facilement prévisibles, si l'administration n'est pas dotée de services d'inspection moins malingres qu'actuellement et, finalement, si les travailleurs sociaux n'osent pas respecter la loi en informant leurs clients de leurs droits élémentaires, au risque de fâcher leurs petits ou grands chefs qui en freinent parfois l'application.