Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 219 (11-2002)

Action juridique et sociale :
oser le conflit, gérer le contentieux

Depuis plus de vingt ans, le Journal du droit des jeunes a pour ambition de fournir aux travailleurs sociaux des information utiles pour aider les personnes en butte à la méconnaissance ou au déni de leurs droits.
La tâche est passionnante.

Elle n'est pas aisée.
Car chacun peut se satisfaire de connaître déjà peu ou prou la loi ou les règles coutumières de l'organisation à laquelle il collabore et où il peut trouver des normes de fonctionnement plus ou moins adaptées à son savoir-faire, à son idéal, à sa morale, à son éthique.

L'action sociale, dispensée pour le bien et l'intérêt de ses destinataires, fait appel à des méthodes fondées sur de grands principes : le respect de la personne, de sa vie familiale et de sa vie privée, les droits de l'homme, la recherche de l'adhésion et de la participation citoyenne du bénéficiaire, etc. Que vouloir de plus ?

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Depuis peu, on s'intéresse aux droits des victimes lorsqu'il s'agit de mettre en cause un agresseur privé; on hésite à faire de même pour assister un citoye dont le droit à l'aide, à l'éducation, à la protection, au logement ou à la santé est bafoué par l'administration ou une autorité publique.

Au delà de l'information sur ces beaux principes et sur les avantages sociaux et dispositifs d'aide ou de protection, information dont se chargent à suffisance de nombreuses revues professionnelles pour qualifier les intervenants sociaux, nous pensons qu'il faut d'autres outils juridiques pour agir.

Si l'information est une condition nécessaire à l'exercice des droits, elle n'est, en effet, pas suffisante. S'il ne l'innerve pas, le juridique énerve le social.

Pour rendre effectif l'accès au droit, les intervenants sociaux ne pourront pas toujours se contenter d'accompagner leurs clients dans des démarches amiables ou des recours gracieux. Leur culture et leurs traditions professionnelles, autant - sinon plus - que la crainte révérencieuse des autorités ou l'appréhension de la technique juridique, les portent peu aux actions conflictuelles de sorte que, si les autres interventions ne peuvent aboutir, ils renoncent souvent à aider plus avant les personnes, quand bien même leur sentiment de la justice serait blessé.

Et puis, en France, on craint les méfaits de la procédure (les dérives anglo-saxonnes...), s'agissant des autres bien entendu (l'antijuridisme ne joue pas si nous devons réclamer pour nous même à l'administration des impôts ou attaquer un fournisseur indélicat..).

Depuis peu, on s'intéresse aux droits des victimes lorsqu'il s'agit de mettre en cause un agresseur privé; on hésite à faire de même pour assister un citoye dont le droit à l'aide, à l'éducation, à la protection, au logement ou à la santé est bafoué par l'administration ou une autorité publique.

Et pourtant, comment inculquer des obligations à ceux dont on dénie les droits ?

Comment rendre effectif ces droits sans reconnaître le conflit et oser le contentieux si nécessaire ?

Et comment, sans mesurer les perspectives et limites d'un éventuel recours, conclure un accord amiable satisfaisant, par exemple avec le Conseil général en matière d'aide sociale ou avec l'inspection d'Académie dans une procédure d'exclusion d'un élève ? Comment se soumettre à la décision d'un juge sans regret ou révolte sans évaluer les chances d'un appel ? Tout cela demande beaucoup de technicité et les avocats ne sont pas fait pour les chiens, les maisons de justice et du droit non plus.

Les personnes en situation d'exclusion ne s'adresseront pas spontanément à l'avocat. Pour elles, l'intervention du juriste, comme souvent celle du thérapeute, devra le plus souvent, sous peine d'échecs fréquents, être initiée par l'éducateur, le travailleur social ou le psy qui aidera son client à choisir quelle action entreprendre ou non, à prendre une décision et à en devenir ou à en rester l'acteur.

Utopie ? Ici et là en France on y réussit. En publiant des analyses de législations, lois arrêtés et circulaires en projet ou en vigueur et des enseignements tirés de la jurisprudence, le JDJ l'explique depuis longtemps pour que le droit innerve le social, pour que l'action juridique supporte l'action sociale.