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Edito du n° 223 (03-2003)

Marre des victimes !

Que font donc ces travailleurs sociaux qui se proclament «fantassins du social», «révélateurs des besoins sociaux» et tutti quanti : ils ne prennent donc plus la plume pour aviser les représentants de la nation, ils n'assistent plus aux assemblées des partis et ne squattent plus les permanences locales des élus ou serait-ce seulement pour y défendre leurs intérêts corporatistes ?

N'auraient-ils rien d'autre à proposer que ces gadgets qui font florès (délégations parlementaires, journées des droits de l'enfant, conférences de la famille, défenseure des enfants,...) ?

Les délégations parlementaires aux droits de l'enfant viennent donc d'être créées par un premier vote unanime à l'Assemblée nationale, majorité et opposition confondues et confites dans les bons sentiments : des discours autosatisfaits (La France, parmi les premiers signataires de la convention internationale, etc...) et lénifiants sur la nécessaire protection des plus faibles parmi les plus vulnérables, ces petites victimes innocentes.

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Comment des élus peuvent-ils scander tant de discours impuissants sans passer à l'acte ? Ne réclamer au gouvernement aucun engagement de résultat même sur des questions déjà tranchées par la loi ? Le droit à l'éducation et le droit à l'aide sociale, par exemple, sont des droits dont la satisfaction n'a pas à attendre que l'État ou la collectivité publique compétente en ait les moyens ou crée les dispositifs administratifs nécessaires.

Qu'à cela ne tienne, Dominique Perben s'en va à Athènes jouer les Ségolène Royal dans un colloque contre la cybercriminalité tandis que Christian Jacob qui justifie, lui aussi, ces délégations par la lutte contre la maltraitance conclut, sous les applaudissements de Christine Boutin, à la nécessité de lutter contre les réseaux de pédophiles.

Faut-il avoir rencontré un pervers pour capter l'attention de nos éminences républicaines ?

Christian Jacob se félicitait de cette unanimité, en écho au rapporteur, le député Patrick Delnatte qui, pompier, concluait : "Avec la question des droits de l'enfant, c'est notre part d'humanité qui est en jeu : il n'est donc pas étonnant que nous sachions nous rassembler sur ce sujet".

Comme si le droit à la protection était le seul droit de l'enfant réduit à la condition de victime ou de victime potentielle.
Soyons justes : dans ce débat, quelques parlementaires - de gauche comme de droite - ont quelque peu abordé les problèmes de logement, la précarité, l'illettrisme; Christine Boutin soi-même demande que ces délégations examinent en priorité les questions de pauvreté qui concernent 10 % de la population française.

D'autres évoquent aussi la responsabilité de l'État dans le déni du droit à l'éducation pour tous, notamment pour les handicapés qui risquent d'attendre longtemps la possibilité de suivre une scolarité s'ils se satisfont des gentils engagements du président de la République de faire de la lutte contre le handicap l'un des trois chantiers prioritaires de son quinquennat.

Comment des élus peuvent-ils scander tant de discours impuissants sans passer à l'acte ? Ne réclamer au gouvernement aucun engagement de résultat même sur des questions déjà tranchées par la loi ? Le droit à l'éducation et le droit à l'aide sociale, par exemple, sont des droits dont la satisfaction n'a pas à attendre que l'État ou la collectivité publique compétente en ait les moyens ou crée les dispositifs administratifs nécessaires. Au besoin, le juge les obligera à remplir leurs obligations légales. Sans doute parce que les citoyens n'en demandent pas tant...

N'empêche, les travailleurs sociaux feraient bien d'assiéger ces délégations parlementaires pour qu'elles évitent d'être un lieu de parlottes et deviennent, c'est possible, un outil de contrôle et d'impulsion d'une autre politique.