Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 225 (05-2003)

Centres fermés pour jeunes délinquants :
cher payés pour peu de résultats

Après en avoir promis un dans chaque département, M. Perben n'annonce, à ce jour, que l'ouverture de trois Centres éducatifs fermés (C.E.F.) pour mineurs délinquants et celle de trois autres dans les prochaines semaines.

Alors qu'il en coûte en moyenne 120 € par jour et par mineur dans un Foyer de l'enfance classique ou 180 € pour un Institut médico-éducatif, le prix de journée d'un C.E.F. est de 610 à 730 €. Une prise en charge d'un an (six mois renouvelables une fois), coûtera de 222 650 à 266 450 € (1 460 488 à 1 747 797 francs) par mineur, sans garantie qu'il en sorte réellement «rééduqué» !

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Les C.E.F. ne seront pas la résurgence des «bagnes pour enfants» que dénoncent nombre d'éducateurs spécialisés : d'abord, la compétence et le nombre de professionnels devraient permettre l'individualisation du traitement, ensuite ces centres seront bien plus surveillés par l'État que les autres institutions.

On comprend que le gouvernement évite, malgré ses promesses, de se précipiter sans vérifier si cela se justifie.
Les C.E.F. seraient une alternative à la détention, un simple «maillon de la chaîne éducative» ou «sas vers la prison» : ces centres «fermés-ouverts» sans barreaux ne sont effectivement pas clos. Le jeune est obligé d'y rester sous la menace d'être envoyé en prison par le juge pour enfants en cas d'évasion ou d'incident grave.

Les C.E.F. ne seront pas la résurgence des «bagnes pour enfants» que dénoncent nombre d'éducateurs spécialisés : d'abord, la compétence et le nombre de professionnels (plus de 25 adultes pour huit à dix jeunes) devraient permettre l'individualisation du traitement, quoique l'on constate la mise en place de règles très stéréotypées; ensuite ces centres seront, du moins dans un premier temps, bien plus surveillés par l'État que les autres institutions pour jeunes, pour handicapés ou pour personnes âgées dont on découvre par hasard les carences graves alors que les D.A.S.S. n'ont pu, faute d'effectif et d'expérience, en contrôler réellement le fonctionnement.

Il semble de bon sens que pour faire bénéficier de l'action éducative un jeune qui s'échappe sans cesse d'un foyer, il faille l'empêcher de partir. Hélas, on sait d'expérience que l'éducation ne se pratique pas en lieu clos ou sous la contrainte et qu'un projet éducatif lié à la sanction est voué à l'échec. Pour écarter des sujets dangereux pour autrui, il est admissible d'infliger une souffrance à un jeune : la fin justifierait le moyen. Elle leur sera ici infligée inutilement.

Car soit les centres éducatifs fermés abandonneront leurs velléités éducatives pour tenter, comme la prison, de contenir les fugues et les passages à l'acte violents, soit ils renonceront à accueillir les cas les plus difficiles. Toutes les expériences françaises et étrangères démontrent cette réalité, quelque soit le discours initial.

Il n'est pas certain que la délinquance des jeunes soit plus difficile à traiter que jadis mais nous exigeons désormais des résultats probants immédiats alors que l'éducation et, a fortiori, la rééducation, nécessitent du temps et du savoir-faire.

Les C.E.F. sont mis en place à grands frais par le ministre de la justice pour quelques dizaines de jeunes de treize à seize ans qui ne seront pas nécessairement ceux qui doivent être mis à l'écart. Ils vont pourtant priver de moyens les autres services éducatifs.