Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 230 (12-2003)

Tirer sur la famille

Le gouvernement mène le pays à la baguette. Il affecte de donner priorité aux deux maillons faibles de la chaîne de la vie : l'enfant et le vieux. Le gouvernement s'approprie le futur et le passé.

La tâche n'est pas aisée. Ce fut la croix et la bannière pour trouver le jour-solidarité de nos aînés.

Aujourd'hui, la main politicienne veut expurger la maltraitance des enfants mais l'artère de la politique familiale s'échappe des ventricules socio-économiques pour atteindre une pluralité d'objectifs : la protection sociale, l'emploi, la protection de l'enfance...

 Par Houda Ouhmida 


Les chiffres, les expertises, les analyses se confrontent pour aboutir au moins à un constat commun : à l'heure actuelle aucune étude scientifique ne permet de privilégier une hypothèse plutôt qu'une autre. Et si l'on conteste les recherches sur lesquelles le docteur Berger appuie ses hypothèses, il faut tirer argument d'autres recherches rigoureuses et de faits, non d'idéologie.

L'héritage historique se heurte aux caillots du néo-libéralisme. La tradition familialiste serait-elle mise en péril par l'individualisation ? L'interrogation se situe au coeur des questions relatives au placement de l'enfant. L'ODAS montre dans son rapport 2003 quelques facteurs de danger pour l'enfant. Les études épidémiologiques renforceront l'analyse avec l'instauration prochaine du nouvel Observatoire.

Le rapport Naves, tout en mesurant la délicatesse des actions offre quelques outils anesthésiant - voire éliminant - les facteurs de danger.
Mais mettre en quarantaine la famille, cela n'a jamais été prévu qu'exceptionnellement par le dispositif légal et rarement préconisé par un rapport d'expert.
L'éloignement définitif des parents ne paraissait pas être une solution thérapeutique.
Proposition tabou, solution contre-indiquée… Le docteur Berger lance le pavé dans la mare. Les professionnels de l'action sociale sont sur les nerfs ! Ils réagissent, bondissent, applaudissent… mais pas tous dans le même sens : certains veulent, comme dans un remake de Farenheit 451, brûler ce livre indigne qui mépriserait autant les professionnels que les familles en difficulté; d'autres taxent le psychiatre stéphanois de malhonnêteté pour avoir, dans un délire idéologique péremptoire et moralisateur, extrapolé à une population entière d'enfants en danger des observations menées à partir de situations exceptionnelles rencontrées en psychiatrie.

Certes on ne change pas la loi commune pour régler des exceptions mais les professionnels prennent-ils suffisamment en compte ces situations ?

Plus nuancés mais tentés de croire, pour ne pas être trop sévère, que Maurice Berger a côtoyé des cas très difficiles et qu'il a mal supporté ces situations, d'aucuns pensent que le livre contient aussi des constats justifiés. Il s'agit notamment de ceux relatifs à la formation des professionnels, y compris celle des magistrats, ou à l'évaluation des pratiques. Maurice Berger provoque voire choque; mais n’y a-t-il pas plus choquant encore, demande un responsable administratif : la profonde méconnaissance des parcours d’enfants dans les dossiers des Conseils généraux, les maltraitances graves dont de nombreux enfants et adolescents sont victimes en établissement ou famille d’accueil et qui laissent les responsables «sans réactions de fond» (voyez les complaisances administratives ou politiques trop longtemps exercées à l'égard de Cheval pour tous, des Orphelins apprentis d'Auteuil et autres établissements d'Yonne et de Navarre) ?

Les chiffres, les expertises, les analyses se confrontent pour aboutir au moins à un constat commun : à l'heure actuelle aucune étude scientifique ne permet de privilégier une hypothèse plutôt qu'une autre. Et si l'on conteste les recherches sur lesquelles le docteur Berger appuie ses hypothèses, il faut tirer argument d'autres recherches rigoureuses et de faits, non d'idéologie. Paul Durning entame ce débat. Il est loin d'être clos, souligne-t-il.