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Edito du n° 231 (01-2004)

Point d'interrogation ?

«Échec de la protection de l’enfance», le titre de l'ouvrage de Maurice Berger s'étalait le mois dernier à la une de notre revue. Un titre, cela fait choc, au risque de vicier le message. Cette affirmation n'aurait-elle pas du être assouplie par un point d'interrogation ?

Certes, dans les pages intérieures, tandis que Jacques Trémintin leur trouvait une résonnance dans sa pratique quotidienne, les contributions de Paul Durning et de Marceline Gabel en tempéraient le caractère péremptoire, tout comme celle de Frédéric Jesu dans la présente livraison, en jetant le doute sur les thèses du «bon docteur B.».

 Par Jean-Pierre Bartholomé 


Il est dans l'air du temps de culpabiliser et désormais de pénaliser les parents en difficulté. Danger !.

La protection de l'enfance est-elle en France un échec ? La réussite serait d'atteindre ses objectifs; aucune étude sérieuse ne démontre que c'est le cas.
Aucune non plus ne montre le contraire.

Notre revue a pour habitude de signaler les ouvrages utiles ou intéressants et de faire silence sur ceux dont nous ne pourrions dire que du mal, ce qui ne serait qu'une perte de temps et d'énergie. Par exception, il en va autrement si les thèses avancées présentent quelques danger du fait de leur médiatisation ou d'un risque d'appropriation par un personnel politique facilement séduit.

Le succès du livre de Maurice Berger - qui a eu les honneurs des grands quotidiens nationaux, de sorte que l'ouvrage est, en un mois, à sa seconde édition - ne tient pas seulement aux talents communicateurs de son éditeur : il est coutumier en France, de condamner tous les dix ans environ, telle ou telle politique publique, en avançant des thèses simplettes, mal étayées mais d'allure sérieuse pour le profane. Et il est dans l'air du temps de culpabiliser et désormais de pénaliser les parents en difficulté. Danger !.

La protection de l'enfance est-elle en France un échec ? La réussite serait d'atteindre ses objectifs; aucune étude sérieuse ne démontre que c'est le cas.
Aucune non plus ne montre le contraire.

L'on sait toutefois que nombre de décisions d'importance pour l'avenir d'un enfant sont prises sans réelle connaissance de ses besoins, qu'il s'agisse de refuser ou d'ordonner une séparation du milieu familial. Les constats du docteur Berger, à ce propos, ne sont pas un scoop ! On sait aussi que nombre d'experts présumés compétents par les juridictions sont de purs charlatans, ce qui ne constitue pas réellement une aide pour les magistrats. Qui ignore que des internats sont trop souvent dans l'impossibilité de recruter des éducateurs spécialisés ou du personnel médico-psychologique, faute pour l'État d'en former et d'en diplômer à suffisance, la pénurie touchant au demeurant d'autres secteurs ? La faiblesse des services chargés du contrôle public sur la qualité des services rendus est patente, de sorte que des situations scandaleuses peuvent exister pendant des années avant qu'il y soit mis fin.

Il est certain que ces dysfonctionnements sont des facteurs d'échec. Mais à proximité de services qui marchent de travers sans que personne s'en émeuve, combien d'autres parviennent à réaliser des prouesses sans attirer non plus l'attention; notre revue en a pointé, à l'occasion, quelques uns.

Alors, en échec la protection de l'enfance? Poser la question n'est pas sacrilège. La France s'enorgueillissait encore, il a peu, d'avoir le meilleur système de santé publique au monde; la réalité a vite rabattu notre caquet. Alors que d'aucuns affirmaient pareillement que notre dispositif de protection de l'enfance faisait l'envie de nos voisins, ceux-ci le considèrent plutôt dépassé et la création d'un observatoire national vient sans doute vingt ans trop tard. Nombre de professionnels se sentent attaqués par les critiques et ne pratiquent guère eux-mêmes la critique de leurs pratiques...

Que des positions montées en épingle sur des cas extrêmes suscitent débat, d'accord, mais qu’on y réponde avec des arguments et non des anathèmes. Nos colonnes restent ouvertes.