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Edito du n° 239 (11-2004)

Pour qui sonne le glas ?

Depuis deux années, l’association 7,8,9 états généraux du social a répertorié et analysé les craintes des travailleurs sociaux, des usagers et des citoyens.

Elles sonnent, paraît-il, le glas de l’action sociale. Tant de domaines sinistrés : exclusion, logement, prévention de la délinquance, protection de l’enfance, personnes âgées et dépendantes, handicap, accueil des étrangers, santé mentale, emploi, sécurité sociale…

 Par Houda Ouhmida 


Le jeu des politiciens semble favoriser des réponses répressives, exclusives des aspects éducatifs. Ils nourrissent ainsi le fantasme de purification et d’engloutissement de la délinquance en vue d’une insécurité zéro.

En 2001, l’INSEE répertoriait 63 500 personnes vivant dans la rue. Malgré un programme présidentiel, ciblant officiellement l’exclusion, les associations de terrain se plaignent d’une réalité de plus en plus dure à gérer. Un numéro 115 d’urgence difficilement accessible, une crise du logement social à son apogée, des programmes ministériels ambitieux dépourvus de dotation financière significative, des politiques locales discriminantes (arrêtés anti-mendicité, absence d’espaces réservés aux gens du voyage, répartition du logement social non indexée sur le degré de précarité des demandeurs, etc.). Il ne s’agit que de quelques exemples qui témoignent des carences des pouvoirs publics.

Même bilan négatif en matière de prévention de la délinquance. Le jeu des politiciens semble favoriser des réponses répressives, exclusives des aspects éducatifs. Ainsi, dérivent certains Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance en imposant une collaboration non différenciée de la police, des éducateurs, des assistantes sociales, des élus. Ils nourrissent ainsi le fantasme de purification et d’engloutissement de la délinquance en vue d’une insécurité zéro. Exit le carcan des soixante-huitards laxistes.

Et si les travailleuts sociaux voulaient bien commencer par balayer devant leur porte ?

Plutôt que d'attendre des élus qu'ils se bougent, ne pourraient-ils agir plutôt que causer :
«Les domaines de l’action sociale à investir sont nombreux et complexes. La créativité, l’énergie et la responsabilité de chacun, professionnels, citoyens, élus doivent être mobilisées pour trouver des réponses pertinentes».

Quel Bla-bla ! On attendait mieux des promoteurs de cette association 7,8,9 états généraux du social dont on a connu, jadis, la pure révolte et la vraie disponibilité. Mais, par les temps qui courent, l'action militante collective, épuisée, n'arrive plus qu'à désespérer ceux qui continuent à la pratiquer comme au bon vieux temps de leur jeunesse. Les complaintes des travailleurs sociaux indignés n'émeuvent plus grand monde et les sermons de l'abbé Pierre, malgré sa bonne place au hit parade humanitaire, n'ont jamais abouti à faire cesser les scandales qu'il continue obstinément à dénoncer. La ligue des droits de l'homme, impuissante à faire changer la face des prisons françaises, devient moralisatrice et hurle avec les loups en réclamant des peines pour les beaufs de la France d'en bas, homophobes et racistes du dimanche, plutôt qu'envisager de soumettre aux juges les actes de l'administration ou des pouvoirs exécutifs qui transgressent la légalité et violent les droits de l'homme.

Alors pourquoi ne pas essayer autre chose : ailleurs qu'en Fance, on déblatère moins les hommes politiques mais on n'éprouve pas tant cette crainte révérencieuse à l'égard du pouvoir qui nous retient d'attaquer en justice les administrations coupables de violer la loi : rares sont ceux qui demandent au juge administratif de condamner l'aide sociale à l'enfance défaillante ou d'ordonner l'inscription d'un jeune handicapé privé de scolarité. Comment se fait-il que les syndiqués de la PJJ, par ailleurs si vertueusement outrés par le «tout répressif», n'aient pas encore demandé la condamnation des directeurs de CEF qui pratiquent la détention arbitraire ?

On comprend certes que beaucoup rechignent à composer avec l'individualisme ambiant pour soutenir des actions judiciaires hasardeuses; celle des «recalculés» du chômage a montré, pourtant, que la séparation des pouvoirs existe encore pour de bon dans notre pays et que grande la presse, qui n'aime rien tant que d'apitoyer sur les malheurs individuels, a toutefois aidé, dans cette affaire, à provoquer le recul du gouvernement.