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Edito du n° 247 (09-2005)

Risques de criminalisation des familles et des jeunes

La circulaire NOR JUS FO5 50 041C du 21 mars 2005 (1) va-t-elle mettre fin à la protection judiciaire des jeunes majeurs ? C'est en ces termes qu'une certaine et réelle inquiétude gagne les milieux professionnels et les adolescents des maisons d'enfants à caractère social et autres foyers d'action éducative.

 Par Christian Szwed* 


La politique sécuritaire voulue par ces gouvernements néo-libéraux risque de produire le contraire de ce qu'elle prétend réaliser : moins de sécurité, plus de désespoir, plus de haine, plus de violences, plus de criminalité.

La protection judiciaire des jeunes majeurs (décret du 18 février 1975) concerne les jeunes de dix-huit à vingt et un ans. La mesure, ordonnée par le juge, sur demande motivée du jeune et avis favorable des services éducatifs, permettait de poursuivre la protection bien au-delà de la majorité, favorisant ainsi la fin des études, la préparation à la vie sociale, l'évolution du jeune vers l'autonomie et la consolidation du statut d'adulte, avec pour objectif la fin de l'assistance et de la dépendance vis à vis des services sociaux.

Ce système est appelé à disparaître. Demain certains de ces jeunes devront retourner soit vers une famille maltraitante ou négligente, soit vers la rue. En effet, rien n'oblige le dispositif de droit commun - les Conseils généraux - à prendre le relais.

Les gouvernements depuis 2002 et le ministère de la justice ne veulent plus assumer la responsabilité et le financement de ces mesures peu onéreuses si on les compare au coût des centres éducatifs fermés (600 €/jour) dont le bilan apparaît mitigé. On sait que ces CEF s'adressent aux mineurs délinquants.

Le véritable objectif de la circulaire n'est-il pas de pouvoir réorienter les financements vers ces centres à l'efficacité contestée et incertaine ?

Rien n'est moins certains que les Conseils généraux accepteront ces transferts de charges. Ce dispositif n'est pas de droit et présente le caractère de dépense facultative au bon vouloir des élus locaux et de leur administration. Certains départements pourront se montrer généreux, d'autres moins ou pas du tout et il n'est pas certain que les départements, riches ou pauvres, acceptent ces transferts de charges sans compensation de l'État.

On le voit, cette circulaire confirme le mouvement de criminalisation des familles pauvres en rejetant vers celles qui n'en peuvent déjà plus ces grands adolescents au devenir improbable.

Focaliser sur la responsabilité individuelle - celle des familles et des jeunes - permet au système social néo-libéral de se dédouaner à bon compte des responsabilités collectives : celles qui produisent précarité et exclusion. Le rejet de la sphère publique vers la sphère privée de ces catégories est inquiétant à plus d'un titre. On peut redouter en effet plus de délinquance et d'anomie, plus de suicides, de toxicomanie, de prostitution pour ce public fragile. Alors, la politique sécuritaire voulue par ces gouvernements néo-libéraux risque de produire le contraire de ce qu'elle prétend réaliser : moins de sécurité, plus de désespoir, plus de haine, plus de violences, plus de criminalité. Il faudra encore plus de centres fermés et de places de prisons encore plus onéreuses. Les équipes éducatives sont amenées aujourd'hui à annoncer à un jeune de dix-sept ans et quelques mois, qu'il devra bientôt partir, alors que son cursus de formation n'est pas achevé !

Cette circulaire énonce les dérives du système de protection judiciaire et, par conséquent, de ses acteurs : les juges des enfants et les équipes éducatives vont dévoyer le système et ne respecteront pas leurs obligations. Culpabiliser ces professionnels relève du plus haut cynisme lorsqu'on connaît le nombre insuffisant de juges et le sens des responsabilités des équipes éducatives. Ce renversement ne peut être accepté des jeunes, des professionnels, de l'ensemble des citoyens. Il permet certes d'occulter les dérives du système, la grande pauvreté et l'insécurité sociale (cf. Robert Castel) qu'il engendre et la souffrance en France pour paraphraser le titre de l'ouvrage de Christophe Dejour. Nous voyons bien en arrière-plan, la période pré-électorale qui s'annonce, avec ces surenchères démagogiques et idéologiques auxquelles s'ajoute la pression du Medef.

Les grandes associations semblent muettes sur ce sujet, faut-il en conclure qu'elles abandonnent la partie et les valeurs humaines qui les caractérisent ?


* Éducateur spécialisé, directeur d'établissement social
(1) Voir page 44 et suivantes du JDJ N°247.