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Edito du n° 248 (10-2005)

L'appel décent ou la conjuration des bienvaillants

L'appel à un débat sur la protection de l'enfance, signé initialement par cent magistrats, présidents de Conseil généraux, travailleurs sociaux et responsables d'association en faveur du «renouveau de la protection de l'enfance» a recueilli l'adhésion d'anciennes responsables du ministère de la famille aussi opposées que Hélène Dorlhac et Ségolène Royal, d'élus de droite comme de gauche (les députés Claude Bartolone (PS), Claude Goasguen (UMP) et Dominique Paillé (UMP) ainsi que de personnalités bien connues (Marcel Ruffo, Claire Brisset). Le ministre délégué à la famille, Philippe Bas a reçu les représentants de ce collectif hétéroclite.

Jacques Chirac, soi-même, s'apprêtait à le faire quand son incident de santé a fait remettre le rendez-vous.

 Par Carlos Gimenez 


Tout cela est un peu vague : décloisonner, coopérer, mieux reconnaître les professionnels de terrain, identifier les responsabilités de chaque secteur..., bref, une série de bonnes intentions qui cachent sans doute un projet plus précis. Que l'on sache, les compères ne sont pas des novices !

Une adhésion aussi unanime n'étonne guère à la lecture de cet appel qui ne demande qu'un débat public, sans bien entendu révéler dans quel sens iraient les réformes à envisager. «Il faut - disent ses promoteurs - cesser de traiter les problèmes «à chaud» et organiser une réflexion sur la protection de l'enfance au travers d'états généraux départementaux et nationaux». Claude Roméo et Jean-Pierre Rosenczveig, initiateurs de la démarche se disent «conscients que notre dispositif de protection de l'enfance est plus performant qu'on ne le dit communément, mais perfectible».

Ils ont déclaré au Monde : «Nous sommes d'accord pour modifier la loi, bien sûr, mais avant, il faut repérer les expériences innovantes, évaluer les politiques publiques et confier à l'État le soin de donner des grandes orientations» pour prendre en compte les «adaptations qui s'imposent».

Fort bien, mais tout cela est un peu vague : décloisonner, coopérer, mieux reconnaître les professionnels de terrain, identifier les responsabilités de chaque secteur..., bref, une série de bonnes intentions qui cachent sans doute un projet plus précis. Que l'on sache, les compères ne sont pas des novices ! L'on sent une réaction du «bon juge» et du «bon travailleur social» affligés par les critiques de la presse ou de l'opinion à l'occasion des affaires d'Outreau, de Drancy ou d'Angers.

Au-delà de la défense corporatiste, les «papy» s'en prendraient à ce qui fait «tendance». Stigmatisant la pénalisation de la justice des mineurs et les projets de décentralisation contenant une timide «déjudiciarisation» de la protection de l'enfance, ils tenteraient de sauver ce qui reste du mythe de la justice des mineurs et la répartition des compétences entre le social et le judiciaire, exception française que peu de pays nous envient.

Les ministres de affaires sociales et de la justice ont embrayé en annonçant une réforme législative, dans la foulée des derniers rapports en la matière, dont le lecteur prendra connaissance dans ce numéro. Sauf à se limiter à des réformettes ou à de la cosmétique, cela prendra du temps : trois ans ? cinq ans ? dix ans ? Et le produit final risque d'être très différent de ce qu'imaginent aujourd'hui nos pétitionnaires qui auront bien aidé à ouvrir la boite de Pandore. Rien que pour cela, on leur en saura gré.