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Edito du n° 250 (12-2005)

Merci les jeunes ?

Conscient qu'il est tout à fait incorrect de se féliciter de ce qui s'est passé durant trois semaines, et encore plus d'y associer tous les jeunes, il convient quand même de rappeler que sans l'incendie des banlieues, nombre de choses n'auraient été faites ou simplement dites.

 Par Jean-Luc Rongé 


Un journaliste bien avisé rappelait que les émeutes dans les années soixante aux États-Unis avaient bien plus contribué à l'avancement de l'égalité des droits des noirs que le mouvement des droits civiques. Il n'y a pas d'excuses à chercher, juste des explications à trouver.

Qu'on n'en vienne pas à considérer que l'évocation de cette évidence constitue le moindre satisfecit à des comportements destructeurs et à certains actes odieux qui ont été commis.
Un journaliste bien avisé rappelait que les émeutes dans les années soixante aux États-Unis avaient bien plus contribué à l'avancement de l'égalité des droits des noirs que le mouvement des droits civiques. Il n'y a pas d'excuses à chercher, juste des explications à trouver.

Alors que la France s'ennuyait des querelles intestines entre les membres du gouvernement et entre les éléphants du parti socialiste, le spectacle du Vingt heures a donné un autre goût à la réflexion politique et changé quelques priorités. Certes, la logique répressive ne change pas de cap. Les prisons se remplissent, les établissements pénitentiaires pour mineurs se construisent, les ministres de l'intérieur et de la justice n'ont à la bouche que les mots «tolérance zéro» et «fermeté». Ce n'est pas nouveau !

Cette logique se trouve renforcée par la résurrection d'une loi vieille de cinquante ans destinée à faire la chasse aux fellaghas d'Algérie. On constatera quand même qu'elle n'a pas atteint la commission mixte lorsqu'elle a approuvé la position de sénateurs de ne pas imposer le bracelet électronique aux mineurs d'âge. Le plus évocateur d'un changement d'attitude réside sans aucun doute dans les paroles du Président de la République, dont l'émotion n'était peut être pas feinte, rappelant aux laissés pour compte qu'ils étaient tous «fils et filles de la République».

Merci les jeunes d'avoir renvoyé au pays l'image des discriminations quotidiennes dont ils sont l'objet, que le mot «ségrégation» ait été lâché, que la presse s'intéresse désormais à ce qui a motivé la folie destructrice des émeutiers ?

Merci les jeunes d'avoir enfin ouvert les colonnes des journaux aux misères sociales, à l'existence d'un million d'enfants vivant en France sous le seuil de la pauvreté, au piteux état des logements, aux mille tracasseries dont vous êtes l'objet quand vous parcourez les trottoirs de vos cités ?

Merci les jeunes d'avoir convaincu les députés de rétablir les crédits au Fonds d'intervention pour la ville (FIV) à leur niveau de 2002, permettant aux associations oeuvrant dans les quartiers de retrouver un peu de moyens ?

Merci les jeunes d'avoir contribué à la prise de conscience du ministre de l'éducation nationale – on ne l'a guère entendu celui-là ! – de revoir la carte et le fonctionnement des zones d'enseignement prioritaire ?

Merci les jeunes d'avoir fait venir le premier ministre dans le «Neuf cube» pour relancer la bataille pour l'emploi dans les quartiers ?

Merci les jeunes d'avoir contraint Chirac à rappeler aux maires de France qu'ils devraient à l'avenir respecter la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains) obligeant les communes à atteindre 20% de logements sociaux, sous peine de grosses amendes.

Merci d'avoir révélé l'incohérence d'un système qui utilise la négation des droits fondamentaux, en autorisant les perquisitions sans mandats, de jour comme de nuit… pour rétablir la loi dans les «zones de non droit» au point que les préfets hésitent à utiliser l'état d'urgence qui n'a guère de sens ?

En tout cas, merci les jeunes de nous rappeler que l'état d'urgence sociale devrait être décrété depuis des années !