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Edito du n° 251 (01-2006)

On hypothèque l'avenir

La France est en train de se doter d'un arsenal juridique supplémentaire pour lutter contre le terrorisme. Cette panoplie de mesures d'exception préfigure la société que nous préparons pour les adultes de demain : vidéo-surveillance, mémoire des appels téléphoniques, des courriers électroniques, mais aussi prolongement de la garde à vue, aggravation des peines, etc..
Mais cela ne concerne que les terroristes, pas nous !

 Par Jean-Luc Rongé 


Avec l'émotion, on se permet d'instaurer des mécanismes de contrôle et de répression qui n'auraient pas été admis dans d'autres circonstances. Souvenons- nous du tollé suscité il y a deux ans par le projet de prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy.
Il ne faut pas se tromper ! Les contrôles de la population se dotent de procédés dits «proactifs», terme qui signale que les atteintes à la vie privée protègent de façon préventive des atteintes plus graves à nos libertés. Alain Marsaud (UMP), rapporteur du projet de loi adopté le 22 décembre dernier résume très bien le dilemme d'«une législation dérogatoire permanente afin d'éviter de devoir adopter des mesures d'exception dans l'urgence».
Robert Badinter, sénateur PS, lui répond en forme d'avertissement : «la démocratie existe seulement dans le respect des libertés».

Sortons de la guerre en cours contre ce «défi mondial» et rejoignons la quotidienneté de l'Hexagone. On y rencontre les deux facettes du comportement politique : l'instantané et l'irréversible. On réagit toujours émotionnellement dans l'urgence : en décrétant un état d'exception devenu virtuel, en implantant des compagnies de CRS dans les cités, faisant office de «police de proximité», en décidant d'expulser un jeune Mauritanien qui n'avait pour seul tort que d'être au mauvais endroit au mauvais moment.
En ce domaine, il n'y a rien d'irré- vocable.
Avec l'émotion, on se permet également d'instaurer des mécanismes de contrôle et de répression qui n'ont pas la vocation du provisoire et qui n'auraient pas été admis dans d'autres circonstances. Souvenons- nous du tollé suscité il y a deux ans par le projet de prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy. Les travailleurs sociaux et les éducateurs s'étaient mobilisés contre l'obligation qui leur serait faite de dénoncer au maire les situations sociales qu'ils pouvaient constater dans l'intimité des familles.

Les mêmes propositions d'étendre le contrôle de la population «en difficulté» refont surface après les évènements de novembre, mais aussi après les affaires d'Outreau et d'Angers qui ont révélé les dysfonctionnements du «maillage social».
Le triple galop choisi par le ministre de l'intérieur lui permettra de dépasser le grand débat sur la protection de l'enfance promis par Philippe Bas, ministre délégué à l'enfance et la famille. L'un comme l'autre pourront affirmer qu'ils ne se baignent pas dans la même eau. Le premier parle de délinquance, le second d'enfance en danger. Au centre du bassin, la réalité sociale demeure identique. Malgré cette tentative de compartimenter les problèmes, il demeure une seule et même réalité, celle d'une jeunesse en mal de repères et de familles déboussolées dans une société exclusive.

Gilles de Robien, le ministre de l'éducation nationale, réagissant aux coups de poignard assénés à une enseignante joue sur le même registre. Obligé de se prononcer, il suggère d'installer dans les bahuts des caméras et des «permanences justice-police», ce qui fait ricaner les pandores qui se sentent déjà en mal d'effectifs et hurler les infirmières scolaires, les psychologues et les surveillants qui ont vu leur nombre se réduire depuis des années.

Dans la précipitation, on hypothèque l'avenir et on en oublie l'urgence de réfléchir à la société qui se prépare pour les enfants. Bonne année quand même !