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Edito du n° 260 (12-2006)

Adoption et parentalité

25 000 familles sont à la recherche d’un enfant sur le «marché» de l’adoption.

C’est un chiffre considérable quand on sait que le nombre d’enfants adoptables sur le territoire national se rétrécit d’année en année et que les pays «producteurs» hésitent désormais à abandonner une partie de leur jeunesse. Les crises économiques des pays de l’Est de l’Europe des années 90 se sont quelque peu estompées et le rétablissement de l’autorité des États a rétabli un ordre juridique capable de réguler la loi de l’offre et de la demande.
 

 Par Jean-Luc Rongé 


Nombreux sont les obstacles érigés par les consulats pour empêcher le regroupement familial. Question de classe sociale autant que d’obscurantisme laïque ou culturel !

La conférence de La Haye, qui réunit désormais 69 États contractants adhérant à la Convention du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, tente de mettre en oeuvre un guide de bonnes pratiques impliquant la prévention de l’abandon et du placement, le soutien aux familles en difficulté, et la recherche d’une solution permanente, de préférence familiale et nationale.

En 2004, la France déclarait l’adoption de 1 330 enfants provenant de pays adhérant à la convention et 2 749 d’enfants de pays tiers, pour un coût moyen de 4 166 € pour les premiers et de 4 543 € pour les seconds, sans compter les frais de voyage, d’avocats, etc..

Ce n’est pas à la portée de tous. Dans le même temps, la prise en charge d’un enfant par une famille, sans rompre sa filiation d’origine, comme la Kefala de tradition musulmane, demeure mal accueillie dans notre système juridique. Nombreux sont les obstacles érigés par les consulats pour empêcher le regroupement familial. Question de classe sociale autant que d’obscurantisme laïque ou culturel !

Parallèlement, le législateur, pour répondre à la pression des demandeurs, a tenté d’élargir «l’adoptabilité» des enfants «abandonnés» sur le territoire national, sans le consentement de leurs auteurs, en supprimant en 2005 l’excuse de grande détresse des parents qui «se sont manifestement désintéressés pendant l’année qui précède l’introduction de la demande en déclaration d’abandon» (art. 350 du code civil). Le vote de l’amendement «Martinez» poursuivait l’esprit de la loi inspirée par Simone Weil, selon laquelle «on ne peut accepter que des enfants soient délaissés dans des institutions, par des mères qui ne reviennent pas les rechercher, alors que tant de couples sont désireux d’adopter des enfants et présentent toutes les garanties pour les rendre heureux».

L’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. C’est au nom de cette valeur que les «mauvaises» familles devraient être tenues à l’écart du destin de leur progéniture.

En invoquant cette disposition de la Convention internationale des droits de l’enfant, on en oublie, comme à l’accoutumée, ses autres articles qui insistent sur l’importance du lien en prévoyant que l’enfant privé de son milieu a droit à une protection mais ne doit pas, en principe, être séparé de sa famille, que les parents doivent consentir à son adoption et sur «la nécessité d’une certaine continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et linguistique».

À lire les textes adoptés ou en discussion, on doit bien convenir que la culpabilisation des familles de «mauvais sujets» participe au même courant idéologique. En imposant des «contrats de responsabilité parentale», en prévoyant la mise en place par les maires des «conseils pour les droits et devoirs des familles», on rétablit, comme Frédéric Jésu le souligne, la traditionnelle méfiance à l’égard des classes populaires. Elle n’avait jamais disparu du sentiment des classes dirigeantes, et notamment des prétoires lorsqu’il s’agit de juger les délinquants.

En individualisant la résultante d’un contexte social de plus en plus dégradé, cette idée rétablit un ordre bien peu républicain qui estompe la responsabilité solidaire héritée des grands compromis sociaux de l’après-guerre.

Puisque ces ados qui nous emm… ne sont plus en âge d’être adoptés – d’ailleurs qui en voudrait ? – on va les adopter dans des internats, des centres fermés ou des établissements pénitentiaires pour mineurs chargés de les «rééduquer». Dans la même démarche, il faut mettre leurs familles au ban de la société, histoire que les stigmates de la délinquance érigent une barrière entre elles et la «société civile» et empêchent les solidarités de classe de reprendre vie. Le New Labour de Tony Blair y est bien parvenu en autorisant la diffusion dans les quartiers des identités des jeunes marqués d’un ASBO (Anti-Social Behaviour Order)… dès l’âge de 10 ans.