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Edito du n° 270 (12-2007)

Victimes et auteurs

Comment un - hélas - banal accident de la route peut dégénérer en émeute. Cela se passe à Villiers-le-Bel (Val d'Oise) le 25 novembre, un dimanche soir : deux jeunes (15 et 16 ans) en moto s'écrasent sur une voiture de police et se tuent.

Selon plusieurs témoins, les garçons auraient roulé sans casque; certains organes de presse affirment que la moto était volée.

 Par Jean-Luc Rongé 


On demeure dans la même incohérence d'une «judiciarisation» - voire d'une criminalisation - des comportements alors que les politique sociales, la territorialisation des aides au bien-être, au logement, à l'éducation... et la politique de la ville attendent toujours des résultats et des moyens.

Selon plusieurs témoins, les garçons auraient roulé sans casque; certains organes de presse affirment que la moto était volée. Alors que les circonstances de l'accident ne sont pas encore élucidées, on évoque déjà un prétendu délit, sans lien apparent avec la collision. Faut-il que ces victimes de la route soient a priori coupables pour leur retirer toute compassion ? Comme si le colportage des rumeurs rappelait la mort des deux garçons dans un transformateur électrique le 27 octobre 2005... et l'interprétation qui en était faite par le ministre de l'intérieur de l'époque.

Alors qu'il n'est pas établi que le conducteur de la voiture de patrouille ait commis un acte intentionnel, faut-il immédiatement y voir la marque du comportement brutal des forces de l'ordre dans les «quartiers» et une justification des violences contre les agents, des dégradations et des incendies qui ont suivi l'accident ? On dit aussi que les policiers n'auraient pas porté secours aux adolescents... ça reste à prouver.

À chaque incident, toutes les parties en conflit revendiquent désormais le statut de victime, seule justification valable pour être pris en considération. Comme si l'on oubliait que, notamment en matière de roulage, le partage des responsabilités est souvent retenu quand il s'agit de juger les faits avec le recul nécessaire.

S'adressant à des étudiants en droit le 24 novembre dernier, Rachida Dati a cru bon de rappeler que «la justice, ce n'est pas uniquement un glaive. C'est d'abord une main tendue», non sans revenir à ses obsessions selon lesquelles elle a pour mission de défendre les intérêts des «personnes vulnérable», comme les enfants, consciente que ceux qui la rendent «éduquent, ils réinsèrent. Ils préservent l'équilibre de notre société».

Il y aurait donc des malheureux qu'il faut «protéger» et des délinquants qu'il faut «réinsérer». Aussi, la ministre suggère-t-elle de faire l'expérience de séparer les compétences du juge des enfants : il y aurait désormais celui qui «protège» les victimes et celui qui «sanctionne» les auteurs de délits.

Le décret instituant un «juge délégué aux victimes» (n° 1605-2007, 13/11/07) s'inscrit dans la même démarche. Sensé participer à l'organisation de la défense des intérêts des parties civiles, le magistrat remplira une fonction que les avocats sont sensés occuper si, à l'occasion, les moyens leur étaient accordés moins chichement pour défendre les indigents... au moment où le personnel judiciaire se plaint de la pauvreté du recrutement et de la surcharge de travail.

On demeure dans la même incohérence d'une «judiciarisation» - voire d'une criminalisation - des comportements alors que les politique sociales, la territorialisation des aides au bien-être, au logement, à l'éducation... et la politique de la ville attendent toujours des résultats et des moyens.

Les familles sont coupables des incivilités de leurs jeunes qu'elles ne peuvent plus tenir, les enseignants sont priés de noter le «comportement» des élèves, les maires sont compétents pour infliger des amendes, voire de déférer les parents devant un «Conseil des droits et devoirs des familles».

Et le maire de Villiers-le-Bel, sans compétence à l'égard des forces de l'ordre, ne peut qu'appeler les habitants de sa commune au calme : «Je demande l'arrêt de ces violences, je demande à tous les habitants et notamment aux jeunes de ne pas entrer dans la colère».

Quel désarroi !