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Edito du n° 273 (03-2008)

Une nouvelle politique pour les banlieues : les petits «cars chers»

Dieu et ses autobus…

Pour «développer la mixité sociale dans les banlieues» sans en revenir au «catalogue des mesures dispersées», on appréciera que le Président Sarkozy retienne le «busing»(1).

Le «busing», comme son nom l’indique, consiste à transporter les élèves des mauvaises écoles où ils se retrouvent entre cancres vers les bonnes où ils auront de meilleures fréquentations.

En d’autres termes, vous changez l’eau sale du bocal - ou en tout cas le bocal - et vos poissons ne sont plus «captifs de leur environnement». Il suffisait d’y penser.

 Par Jean-Pierre Bigeault* 


On a discrètement passé par la trappe l’idée de remettre en cause une politique socio-économique dont tout montre, depuis des années, qu’elle produit de la ségrégation et les malheurs qui lui sont attachés.

Cette brillante idée d’un polytechnicien frappé par la grâce(2) est donc sensée participer d’un «traitement de fond des conditions qui alimentent les problèmes des banlieues» (sic).

On doit en effet comprendre que l’hypothèse retenue renvoie «la ghettoïsation des banlieues» à ceux qui en sont responsables, c’est-à-dire les «ghettoïsés» eux-mêmes. C’est donc bien l’auto-alimentation du mal par le mal - ou plus exactement par les mauvais (en l’occurrence les mauvais élèves) - qu’il s’agit de traiter.

Le «fond» est en effet touché.

On a discrètement passé par la trappe l’idée de remettre en cause une politique socio-économique dont tout montre, depuis des années, qu’elle produit de la ségrégation et les malheurs qui lui sont attachés.

L’idée qui prévaut est en effet que le malade est toujours plus ou moins responsable de sa maladie. La problématique des banlieues s’apparente à celle - aujourd’hui clairement posée - du cancer du poumon. Le tabagisme passif est ainsi au cancer ce que l’influence des mauvais élèves est à l’échec scolaire. Mais il s’agit de regarder plus haut et plus loin. Il s’agit de prendre une posture morale telle que le problème des mauvais élèves soit traité de façon exemplaire vis-à-vis du problème plus large «des devoirs et des responsabilités». Il est clair qu’à ce titre, les parents sont visés. La politique revendiquée du «donnant-donnant» pose un principe de réciprocité qui conditionne l’aide publique à un certain comportement du citoyen improprement appelé jusqu’ici «ayant droit».

Comme les mauvais élèves, les mauvais citoyens doivent donc se reprendre - puisqu’on ne peut les reprendre en les déplaçant comme leurs enfants - en luttant contre leur paresse («s’ils ne travaillent pas, c’est qu’ils ne veulent pas travailler !»), et bien sûr aussi contre leur inconscience et leur irresponsabilité.

La solidarité républicaine ne peut s’exercer qu’au bénéfice de citoyens qui respectent la règle du jeu, celle-ci étant à son tour clairement posée : «travaillez et enrichissez-vous !»(3).

Ainsi doit-on bien voir que le contre modèle des banlieues s’éclaire du modèle affiché par «l’élite» - responsable et même honnête à faire pleurer les chaumières - qui n’accède elle-même au droit de bénéficier du «Système» qu’au prix des sacrifices que l’on sait.

Qu’on se le dise : la République des beaux quartiers ne fera pas de quartier. Elle a déjà trop donné. La Messe est dite. Que Dieu (et ses autobus) sauve les banlieues !



(*) Psychanalyste, ancien éducateur et enseignant, fondateur de l'Institut psychopédagogiques «Les Mathurins», directeur honoraire du Centre de réadaptation psychothérapique, membre du Conseil scientifique de l'école de formation psycho-pédagogique (EFPP).

(1) - Le 8 février dernier, le Président de la République a présenté sa «nouvelle politique pour les banlieues». Parmi les mesures préconisées pour restaurer la mixité sociale à l’école primaire, il entend disperser les élèves en difficulté dans différents établissements plutôt que de poursuivre leur regroupement «comme le fait la politique d’éducation prioritaire depuis 25 ans» ( Le dossier diffusé par l'Elysée se trouve ici).

(2) Jean-Marie Petitclerc, «Penser la mobilité comme clé de l'insertion», ASH n° 2462 du 30/06/2006. L’auteur suggérait : «Plutôt que de concentrer les moyens sur les collèges en difficulté dans les quartiers sensibles, il faudrait les répartir entre les dix collèges de l'agglomération qui accueilleraient, chacun pour une part, les élèves domiciliés dans ces quartiers». J.-P. Bigeault y avait réagi dans une tribune «D’une violence l’autre ou Petits»autocars chers» et grandes manœuvres dans les cités», (JDJ n° 259, novembre 2006, p. 9).

(3) L’implicite étant : «travaillez et enrichissez nous !».