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Edito du n° 276 (06-2008)

À contre-courant

Au risque de passer pour ringards aux yeux de ceux qui prônent la réhabilitation de la sanction à l’égard des enfants délinquants, incivils, perturbants et de leur famille, ce numéro présente les réflexions de ceux qui pratiquent l’approche éducative et thérapeutique en sautant la case «privation» de liberté, de plaisir, d’affectivité. Certes, la loi – et a fortiori les lois adoptées au cours des six dernières années – n’interdisent nullement la contention, l’éloignement, le renvoi, la punition.

 Par Jean-Luc Rongé 


Osons en débattre, osons exposer ce qui se pratique, osons sortir du terrain… évitons de n’exister que dans le souterrain.

Le conseil constitutionnel considère d’ailleurs que le principe de l’atténuation de la responsabilité pénale des mineurs en fonction de l’âge, comme la nécessité de rechercher le relèvement éducatif et moral des enfants délinquants «ne consacre pas de règle selon laquelle les mesures contraignantes ou les sanctions devraient toujours être évitées au profit de mesures purement éducatives» (1). C’est sur le «purement éducatif» que le bât blesse et que le débat s’est focalisé. Au cours de sa récente visite en France, le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, s’inquiète des changements récents qui «se concentrent sur l'aspect répressif et très peu sur le côté éducatif».

En réponse, ceux qui ont aidé à la mise en place des structures contraignantes, considèrent qu’on peut renforcer la sanction en instillant une dose d’éducation. Ainsi, les EPM se sont-ils dotés d’un programme d’activités alliant le sport aux apprentissages et l’entretien avec les éducateurs durant la détention. Nous avons relayé la critique de l’inflation législative galopante - une loi étant modifiée avant même sa mise en application -, le désappointement des magistrats de l’enfance, l’interrogation des éducateurs dont les protestations n’ont pas convaincu les gouvernants tenus par des promesses de campagne de «retour du bâton». Et pourtant, sur le terrain, alors que le désarroi est grand, certains persévèrent à aborder les jeunes en difficulté en maintenant l’attention sur la souffrance, les traumatismes de l’enfance, la dilution du lien social, les difficultés des familles à joindre les deux bouts et à «bientraiter» leurs progénitures, sans recourir à la culpabilisation et à la stigmatisation (2).

Roland Coenen suggére «d’abandonner la critique qui ne propose rien» et de comparer les pédagogies punitives et non punitives, persuadé que sans tenir compte de l’essentiel, à savoir devenir des adultes de demain, il est impossible de faire évoluer un adolescent carencé en émotions sociales positives si on le frustre dans la satisfaction immédiate de ses besoins.

Même si le document rédigé par Stanislaw Tomkiewicz et Joe Finder peut paraître daté – il a été rédigé en 1977 – le brûlot «Comment faire de votre enfant un délinquant ?» signale des évidences parfois oubliées : la délinquance se nourrit de la misère et des frustrations. Le second, ancien directeur du CFDJ de Vitry, nous livre une part de l'action éducative et thérapeutique dans un foyer d’hébergement. Une perspective qui, sans la «distance nécessaire» entre l’éducateur et l’enfant, fait se dresser les cheveux de nombre de responsables éducatifs, mais replace l’enfant au centre de la préoccupation de ceux qui en ont la charge provisoire.

Jean-Marie Lemaire et Laurent Halleux nous décrivent le travail entrepris dans les «cliniques de concertation» qui réunissent un aréopage d’acteurs, de responsables, de membres des familles, et même de voisins, «afin de mieux se connaître pour mieux travailler ensemble», en privilégiant le principe de «non exclusion». Si l’on veut résoudre les conflits, il faut bien sûr se donner les moyens de les «mettre à jour».

Patrice Calmot, directeur d’un MECS en Savoie, relate l’accompagnement éducatif s’appuyant sur une méthodologie non stigmatisante pour les enfants et leurs parents.

Ces contributions qui ouvrent le champ d’investigation des alternatives vont sembler à contrecourant. Et pourtant la volonté existe de pratiquer autrement que les directives de la place Vendôme. Osons en débattre, osons exposer ce qui se pratique, osons sortir du terrain… évitons de n’exister que dans le souterrain.


(1) Conseil constitutionnel, décision n° 2002-461 DC, 29 août 2002.
(2) En novembre 2006, Défense de l’enfant international posait la question : «Faut-il priver de liberté pour éduquer à la liberté ?»
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