Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 277 (09-2008)

Le temps des balances

Le 20 mai dernier, le préfet du Rhône adressait aux structures d'accueil et d'hébergement d'urgence du département la demande de fournir sous huitaine la liste nominative de toutes les personnes accueillies. On peut se douter que l'intention du haut fonctionnaire était bien de répondre aux demandes insistantes de faire «du chiffre» en matière d'éloignement des étrangers. On pourrait prêter à Hortefeux les mots de Poutine à l'égard des «terroristes tchétchènes» : «j'irai les butter jusque dans les chiottes !».

 Par Jean-Luc Rongé 


Sans la résistance au climat de délation, la situation serait bien plus grave. Il faut affiner les outils de défense des plus démunis, des «sans droits».

Rappelant que les CHRS sont des établissements tenus au respect de la confidentialité exigée par le code d'action sociale et des familles, nombre de structures ont refusé de répondre à l'injonction préfectorale et de communiquer les identités des personnes hébergées. Mais combien se sont-elles pliées, craignant les ennuis en terme de reconnaissance, de conventionnement, etc. ?

Jean-Pierre Rosenczveig rappelle les règles du secret professionnel franchement violées par une travailleuse sociale d'une association intervenant dans le cadre de la protection de l'enfance, qui n'a pas hésité à dénoncer à la police la présence d'un «clandestin» au domicile de l'enfant dont elle assurait le suivi. Elle a enfreint une disposition pénale sans laquelle toute intervention sociale serait compromise.

Ce genre d'incident, pour ne pas dire d'incartade majeure aux règles destinées à protéger les citoyens, ajouté aux menaces que font peser certaines autorités (préfectures, procureurs, police) sur des travailleurs sociaux ou des bénévoles pour l'aide qu'ils accordent aux migrants irréguliers, ont fait réagir le Conseil supérieur du travail social dont nous reproduisons le communiqué appelant à la publication d'une circulaire destinée à sécuriser l'intervention des travailleurs sociaux.

La mise en place de la délation, du fichage, du cantonnement et des mesures collectives à l'égard des «illégaux», des «irréguliers» et autres «asociaux» ne peut se produire que moyennant la complicité silencieuse de la société qui les entoure. En Italie, le nouveau gouvernement présidé par Silvio Berlusconi a décrété «l'état d'urgence» à l'égard des Roms installés sur le territoire. Le ministre de l'intérieur, issu de l'extrême droite populiste, avait également décidé de procéder au recensement de cette population en la fichant sur des critères nationaux, ethniques, religieux et en ordonnant le prélèvement des empreintes digitales des personnes contrôlées dans les «camps», y compris les mineurs.

En dépit des principes d'humanité, d'impartialité, de neutralité et d'indépendance qui la fondent, la Croix rouge italienne avait consenti à accompagner la police dans cette sinistre besogne. Le haut-le-coeur de l'hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana, des Juifs de Rome qui se rappelaient les lois raciales mussoliniennes, les avertissements de la Commission européenne et du Conseil de l'Europe, et les protestations d'une partie de la société civile italienne ont convaincu les autorités à faire marche arrière, et la Croix rouge à faire un bilan de santé et des besoins sociaux de cette population sans livrer les données individuelles… «sauf sur demande d'un juge», a précisé un responsable de l'organisation humanitaire.

Sans la résistance au climat de délation, la situation serait bien plus grave. Il faut affiner les outils de défense des plus démunis, des «sans droits». C'est en ce sens que nous avons participé à une journée de formation avec l'ANAS et le GISTI le 28 mai dernier. Nous nous emploierons à faire le rapport sur les moyens de dire «non», sans craindre la loi, la hiérarchie et le discours réducteur de ceux qui gouvernent.

Ce numéro est consacré aux plus fragiles d'entre les fragiles, les mineurs étrangers isolés, dont on se demande quels sont les droits dont l'exercice leur est encore accordé.