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Edito du n° 278 (10-2008)

La perception des jeunes

La Protection judiciaire de la jeunesse s'est penchée sur la façon dont 331 mineurs ont perçu la justice des mineurs dans son aspect «pénal» et a communiqué les résultats de son étude à la commission chargée d'émettre des propositions de réforme de l'ordonnance de 1945, présidée par M. Varinard (1).

 Par Jean-Luc Rongé 


l'étude souligne le désarroi de «l'éducatif» considéré comme plus «pénible» que le coercitif

Si le juge des enfants y est vu comme le principal décideur, c'est pourtant l'éducateur qui l'emporte comme la personne la plus importante pendant la procédure judiciaire. On en vient parfois à se demander ce qui se passe dans le dialogue singulier entre le juge et le mineur quand on constate que, parmi les jeunes interrogés, la majorité prend au pied de la lettre la notion de «liberté surveillée», non comme une mesure d'éducation mais comme une surveillance physique, certains parmi eux allant croire qu'il s'agit d'aller pointer régulièrement au commissariat. 45% d'entre eux ont pourtant fait l'objet d'au moins trois procédures judiciaires et sur l'échantillon, 238 mesures de placement avaient été prises et 113 incarcérations

L'étude en conclut à la reproduction par ceux qui y ont tâté, d'un discours très conformiste renvoyant à la vision d'une justice pénale qui repose en partie «sur une logique d'escalade, du moins contraignant vers le plus coercitif». Son rôle, tel que décrit par les mineurs entendus, peut être résumé comme suit : «l'office du juge est de sanctionner les infractions et non d'aider..; toute infraction mérite sanction et les décisions prises à la suite d'un délit sont forcément des punitions…». N'en jetez plus, la coupe de Rachida Dati est pleine

Cependant, les auteurs avertissent : «Cependant, la justice des mineurs, si elle veut être opérante, ne peut se contenter d'un fonctionnement où elle répond à la réitération par la seule aggravation des sanctions. Une inscription systématique des réponses judiciaires dans une logique d'escalade présente le risque de renforcer le mineur dans ses comportements délinquants, en repoussant sans fin les limites».

Et de suggérer discrètement à la commission Varinard : «Les entretiens avec les mineurs font surtout apparaître, quel que soit le type de mesure ou de peine, un besoin d'expériences de vie valorisantes, de rencontres et d'échanges avec des adultes contenants, disponibles, aux parcours de vie et métiers diversifiés».

Et même si l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) fait «moins peine» que la cellule du quartier mineur de la maison d'arrêt, il fait «plus peine» en tant qu'il oblige à faire des efforts quotidiens, comme l'école obligatoire. Reprenant le propos de l'un d'eux, l'étude souligne le désarroi de «l'éducatif» considéré comme plus «pénible» que le coercitif : «dans ma cellule si je veux, je mange ce que je veux, ce n'est pas la mort…en quartier mineurs, on retrouve ses potes, c'est tranquille, il y a la télé, canal +, la douche, la salle de musculation mais pas de liberté, on y est pas malheureux».

Autre constat : «En tout état de cause, l'action éducative, l'intervention d'un éducateur, nous sont plus restituées comme un moyen que comme une fin, dès lors que l'on se situe dans un cadre pénal».

Il y a encore du chemin à parcourir pour la PJJ… mais ne pas aller vivre dans les «quartiers» : selon la majorité des jeunes interrogés, le pire serait de voir l'éducateur y habiter et travailler. Cette perspective leur apparaît «comme une menace, une intrusion non tolérable dans un espace privé».