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Edito du n° 279 (11-2008)

Il manque une case

Les débats successifs sur la protection de l'enfance, la prévention (de la délinquance ou du danger), le traitement des délits, le nombre de lits dans les institutions, les «bonnes pratiques» dans les établissements sociaux et médico-sociaux, leur évaluation «interne et externe», etc., ont longtemps laissé au bord du chemin la petite minorité de ceux dont on ne sait comment se (ou les) débarrasser de leur problème.

 Par Jean-Luc Rongé 


À vouloir stigmatiser les «déviants», leurs familles, à vouloir organiser le parcage dans les établissements «spécialisés», enfermer une jeunesse dans des schémas sinon dans des murs, croit-on sincèrement lutter contre l'exclusion et la discrimination ?

Les études réalisées par trois équipes pour l'Observatoire national de l'enfance en danger (ONED) traduisent bien le désarroi des professionnels à l'égard des «incasables». Elles recueillent pour la première fois des données auprès des services départementaux et des collèges. On regrettera que la Protection judiciaire de la jeunesse n'ait été consultée que dans une seule recherche et n'ait pas été associée à la détermination de ces «délinquants» qu'on se renvoie ou dont ne veut plus après le passage à l'acte «délictueux», au nom du principe de plus en plus accepté qu'on ne mélangera pas les enfants «dangereux» avec ceux qui sont «en danger». Il se répète qu'on ne peut mettre «les victimes» dans le même lieu que «les auteurs».

On remarquera que, parmi les cas étudiés, des jeunes «en souffrance multiple» manifestaient brutalement leur mal-être à des moments précis : date anniversaire d'un décès, par exemple, ou alors avant le passage devant le juge pour le renouvellement de l'ordonnance de placement. La fugue, régulièrement pratiquée, constitue un moyen «de faire appel avec les pieds», et il conviendrait d'étudier combien de fois un magistrat a suivi cette requête.

On s'attend à voir comment les professionnels de l'enfance vont pouvoir s'emparer du sujet, sachant que les «inacasables» ne représentent qu'une minorité des enfants accueillis, même si leur passage dans les institutions laisse des traces. On s'attend aussi à voir comment pratiquent ceux qui sont censés décortiquer «la demande du jeune», «les capacités des familles», discuter «entre partenaires» dans le respect de la déontologie qu'on peut attendre des travailleurs sociaux.

D'ailleurs, pourquoi tant d'enfants «en souffrance» sont-ils dirigés vers les ITEP (instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques) habilités à accueillir «les enfants, adolescents ou jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques dont l'expression, notamment l'intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l'accès aux apprentissages» ?

D'autres enfants, dont il n'est pas question dans la recherche, trouvent les moyens de s'évader des quatre murs dans lesquels ils sont enfermés… «les pieds devant». Le suicide de deux jeunes dans les quartiers pour mineurs aurait été la résultante «d'un jeu» selon certains syndicats de l'administration pénitentiaire. Jouer avec la mort n'est pas donné à tout le monde et le taux de suicides dans les prisons devrait pousser à une réflexion plus élaborée que la recherche d'un moyen de «se faire valoir».

On ne s'étendra pas sur les incohérences de la ministre de la justice qui exige des procureurs de remplir les prisons à coup de peines «plancher» (pour les mineurs comme les majeurs) puis vient leur reprocher d'exécuter les peines «sans avoir rencontré le mineur», tout en produisant d'urgence un décret imposant cette formalité(1) . À vouloir stigmatiser les «déviants», leurs familles, à vouloir organiser le parcage dans les établissements «spécialisés», enfermer une jeunesse dans des schémas sinon dans des murs, croit-on sincèrement lutter contre l'exclusion et la discrimination ?


(1) D. n° 2008-1040 du 9 octobre 2008 relatif à la mise à exécution des décisions prononcées par le tribunal pour enfants (J.O. 10/10/08) et rectificatif (J.O. 18/10/08).