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Edito du n° 282 (02-2009)

Passer à l’offensive

On pourrait commencer à en avoir marre de se plaindre de la pusillanimité du pouvoir à l’égard de sa jeunesse, de sa propension à envisager la prévention comme un cordon de gardes mobiles, de condamner les familles responsables des dérives sociales qui conduisent leur rejetons à mépriser les père et mère humiliés. Et gare à celui qui se plaint dans un réflexe citoyen ! Il peut lui en coûter des poursuites pour dénonciation calomnieuse, comme le raconte – sans le conter – la Commission nationale de déontologie et de sécurité. Marre aussi de lire les invitations d’une directrice départementale de la PJJ suggérant aux juges de profiter de la capacité d’accueil du quartier pour mineurs d’une maison d’arrêt, omettant bien évidemment que l’incarcération d’enfants est l’exception d’absolue nécessité (1).

 Par Jean-Luc Rongé 


«l’idéologie totalitaire joue sur un complexe d’infériorité de la grande masse qui cherche un maître et un chef. Nous disons, nous : l’enfant - et l’homme - sont capables d’organiser eux-mêmes leur vie et leur travail pour l’avantage maximum de tous»

Et si on commençait – ou plutôt on continuait – à parler «pédagogie», «éducation», non pas celle de Xavier Darcos qui déguise les réductions budgétaires par un discours de retour aux sources d’une école où on se lève (tôt) quand le professeur entre en classe, où le «maître» a pour seul souci de se faire entendre, quoiqu’il raconte ?

Et si on parlait de ce qui se fait, ce qui se construit contre les vents et marées libéraux alliés à une conception rétrograde de l’autorité, malgré les circulaires, les rectorats, les inspections d’académie, les directives de la PJJ et j’en passe ?

Cette fois, plusieurs auteurs invoquent les mânes d’ancêtres illustres de la pédagogie : Francisco Ferrer, Paul Robin, Anton Makarenko, Moisei Mikhailovich Pistrak, Janusz Korzjak, Barthéméy Profit, Célestin Freinet, Alexander Sutherland Neill. Quoi ! Ces illuminés qu’on sort du grenier, ces «communistes» qui voulaient faire la République des Soviets avec les enfants ?

D’abord, le premier a été fusillé trop tôt (1909) et était un libre penseur, il appelait «à la réflexion et à l’observation de l’enfant, à la coéducation des sexes et des classes sociales, au refus des punitions et des examens, à l’apprentissage de la solidarité, à l’autodiscipline et au respect de l’autonomie de l’enfant». Le second était plutôt un concepteur de liberté et d’égalité des sexes, selon lequel «tout enfant a droit de devenir en même temps un travailleur des bras et un travailleur de la tête».

Les deux suivants ont en effet accompagné la «Révolution» et se sont maintenus sans faire sourciller le petit père des peuples malgré leur propension à promouvoir la coopération entre les enfants et à établir une démocratie avec les «maîtres». Profit mit en place la classe coopérative, fonctionnant sur les principes démocratiques.

Korzjak, que l’on considère comme le père spirituel de la Convention des droits de l’enfant, avait mis en place des règles de vie pouvant conduire à une véritable prise en charge des enfants par eux-mêmes. Et pour Freinet, dont les méthodes sont encore reconnues, même par l’Éducation nationale, «l’idéologie totalitaire joue sur un complexe d’infériorité de la grande masse qui cherche un maître et un chef. Nous disons, nous : l’enfant - et l’homme - sont capables d’organiser eux-mêmes leur vie et leur travail pour l’avantage maximum de tous».

Neill, tant décrié, affichait comme principe que la voix des adultes n’a pas plus de poids que celle d’un enfant.

On ne parlera donc pas de cadavres dans ce numéro, mais de méthodes qui ont traversé le temps et qui sont aujourd’hui activées dans des écoles, dans des quartiers, dans des petites sociétés de France où l’on considère que l’énoncé des droits – et des devoirs – ne suffit pas à former l’Homme libre, mais bien la pratique sociale qui commence par la solidarité.

Alors, passer à l’offensive, c’est montrer que la morosité – et parfois la résistance – ne suffisent pas à forger l’alternative au discours culpabilisant et ravageur qui domine, mais qu’une autre éducation se construit dès aujourd’hui avec les enfants et qu’il faut en diffuser les outils.

(1) Authentique ! Lettre du 21 janvier 2009 de la DDPJJ d’Indre-et-Loire au président du TGI de Tours écrite dans le style d’un guide touristique, vantant le «programme d’activité scolaire et d’insertion et d’un accompagnement individualisé propre à favoriser pour chacun d’eux l’élabo-ration d’un projet de sortie»; lue sur le blog de Maître Éolas http://www.maitre-eolas.fr/2009/01/26/1296-promotion-touristique.