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Edito du n° 295 (05-2010)

Toutes voiles dehors

Il a suffi d'un contrôle routier au hasard (ou hasardeux ?) pour que se (re)déclenche l'urgence de légiférer sur le voile intégral… et puis sur d'autres matières également, comme la déchéance de nationalité. Au départ, selon l'explication de policiers, c'est le costume qui ne sied pas à la conduite d'un véhicule. Comme en Arabie Saoudite ? Et puis bardaf, c'est l'embardée !

 Par Jean-Luc Rongé 


Puisque la polygamie (mariage ou PACS) est prohibée, comment pourrait-on mettre à néant ces unions, absentes d'inscription à l'État civil, qui ne reposent que sur des principes qu'on retire de la religion, comme on pourrait les tirer d'une sexualité débridée ? Irait-on jusqu'à imaginer qu'il faudrait supprimer la filiation paternelle des enfants ? Déchoir ces parents peu exemplaires de l'autorité sur leurs enfants ? Ce serait le retour des «bâtards»

Le Conseil d'État avait certes considéré fondés les motifs de refus d'octroi de la nationalité à une femme ainsi accoutrée : l'adoption d'«une pratique radicale de sa religion [est], incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d”égalité des sexes; qu'ainsi, elle ne remplit pas la condition d'assimilation posée par l'article 21-4 précité du code civil» (CE, 27 juin 2008, n° 286798).

Hormis l'infraction (?) aux règles de la circulation, cette fois on n'en voudrait pas à la présumée «victime» de ce «radicalisme». Elle est bien de nationalité française, et on ne lui en conteste pas encore la conservation… Par contre, son «époux», qui serait «polygame», aurait également la qualité de français (d'origine, par la résidence, par naturalisation, déclaration, ou par mariage ?). Il représenterait tout ce qu'il y a de contraire à «nos valeurs». Et on cherche à le sanctionner sur la nationalité.

La déchéance de la nationalité ne peut être prononcée que pour autant que la personne ait été condamnée pour «atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme», atteinte à l'administration publique, soustraction aux obligations résultant pour lui du code du service national, ou encore pour s'être «livré au profit d”un État étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France» (art. 25 code civil). «L'anti-France», quoi !

Suivons le raisonnement des duettistes Hortefeux-Besson, dont le second s'est dernièrement fait le champion de «l'identité nationale». Le premier dit : «on va le déchoir de la nationalité pour polygamie»; le second, plus prudent – ses conseillers lui auront relu les textes - signale qu'il faudrait une loi… qu'il s'empresse de préparer.

C'est dans la réponse du quidam visé par cette vindicte que le débat tourne à «mon cul sur la commode…». Il affirme ne pas être polygame, «mais avoir plusieurs maîtresses»… Et alors ? En France, on a même ramassé le cadavre d'un président de la République dans les bras d'une «favorite»...

Condamnerait-on à nouveau «l'entretien de concubines», sorti du  code pénal en 1975, en même temps que l'adultère ? Il est vrai qu'on a ajouté aux reproches la «fraude aux allocations» parce que chacune de ses «femmes» serait déclarée comme «parent isolé». Qui ne connaît un parent «isolé» vivant à moitié séparé de l'autre parent ?

Puisque la polygamie (mariage ou PACS) est prohibée, comment pourrait-on mettre à néant ces unions, absentes d'inscription à l'État civil, qui ne reposent que sur des principes qu'on retire de la religion, comme on pourrait les tirer d'une sexualité débridée ? Irait-on jusqu'à imaginer qu'il faudrait supprimer la filiation paternelle des enfants ? Déchoir ces parents peu exemplaires de l'autorité sur leurs enfants ? Ce serait le retour des «bâtards».

Dernière réflexion sur le vêtement litigieux parce qu'il cache l'identification du visage, si l'on voit les choses sous l'angle de l'ordre public, et pas au nom de la laïcité et tutti quanti : à moto, le casque intégral va-t-il être considéré comme intégriste ? En hiver, pourrai-je encore me couvrir du bonnet juste au-dessus des yeux et le cache-nez juste au-dessous ?