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Edito du n° 298 (10-2010)

Le ventre mou de la protection de l'enfance

En organisant la journée d'études, le 25 mai à Nancy(1), sur la compétence des familles, nous nous placions résolument dans l'un des thèmes fondamentaux de l'évolution de la protection de l'enfance depuis la loi du 5 mars 2007.

À l'ouverture, Michel Dinet, président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle – mais également de l'ODAS – reconnaissait que l'un des objectifs du débat ayant précédé l'adoption de cette loi n'avait pas été atteint, le temps d'écoute nécessaire, ce «long travail (…) permettant que la parole des familles, des enfants (…)» ayant manqué. «La chose avait été mise de côté», déclara-t-il, d'une part, et «les temps sont extrêmement chahutés, extrêmement difficiles au plan financier (…)», d'autre part.

 Par Jean-Luc Rongé 


Les départements sont le «pivot de la protection de l'enfance» - c'est la loi qui le dit. Ils doivent cesser d'en être le ventre mou, subissant les choix politiques de l'État.
En conclurait-on que les départements n'ont ni le temps ni les moyens d'avancer dans l'approfondissement du lien nécessaire avec les familles des enfants qui leur sont confiés ? Jean-Paul Bichwiller, qui dirige le secteur Enfance-Famille de ce département, considère «que l'on peut concevoir une attitude (obligation) de protection à l'égard des enfants, dans le sens d'une bienveillance («bientraitance») qui inspire l'ensemble des actions sociales et éducatives…».

Mais, précisant sa pensée, il déclare «Je regrette que ces questions sur l'évolution du travail social et sur ses conséquences sur le droit des personnes fédèrent par exemple moins vite et moins violemment que certains débats plus confortables sur l'éthique dès qu'il est question de réfléchir à la manière de disposer d'observatoires en France», s'inspirant sans doute du débat qui agita l'ONED et l'ANAS il y a un an sur le contenu des fiches «anonymisées» transmises par les observatoires départementaux(2).

Il revenait à Pierre Verdier de faire lien entre l'éthique et le droit. Il est d'ailleurs le seul intervenant à avoir fait référence aux préconisations de l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements sociaux et médico-sociaux (ANESM) relative à « L'exercice de l'autorité parentale dans le cadre du placement»(3).

Car tel était bien l'objectif de cette journée : «comment vaincre la méfiance réciproque famille/ASE… et autres institutions…» même dans des circonstances budgétaires «chahutées».

C'est en responsable d'un pôle nouveau, dans un département presque voisin, l'Aube, que Claire Genneret est venue expliquer ce qu'était le PHOM (placement hors les murs). S'inspirant au départ du placement dans la famille qui se pratiquait dans le Gard(4), elle insistait sur la nécessaire conciliation de protection et de soutien intensif à la parentalité, non par un contrôle social invasif, mais en prenant appui sur le savoir-faire de chacun, «en passant d'une logique d'expertise à une pratique du temps partagé, du «faire avec, être avec» la famille dans le concret des difficultés quotidiennes».

Si une telle pratique requiert un investissement accru des travailleurs sociaux, l'expérience de l'Aube montre que des changements structurels et de comportement ne sont pas impossibles, même en cette période où, au plus haut niveau, la «prévention de la délinquance» est préférée à l'action sociale.

Les départements sont le «pivot de la protection de l'enfance» - c'est la loi qui le dit. Ils doivent cesser d'en être le ventre mou, subissant les choix politiques de l'État. La bienveillance prônée par Monsieur Dinet ne devrait pas coûter plus cher que le contrôle intrusif tous azimuts revendiqué par des animaux politiques comme l'actuelle secrétaire d'État à la famille.


(1) Outre Michel Dinet, Pierre Verdier, Jean-Paul Bichwiller et Claire Genneret, la journée d'études réunissait Laurent Ott, Laurent Puech et Guy Hardy. Les interventions de Michel Dinet, Pierre Verdier, Laurent Ott, Claire Genneret et Jean-Paul Bichwiller sont reproduites dans ce numéro.
(2) Voy. JDJ,  n° 286, juin 2009, page 20-29 sur le débat entre l'Association nationale des assistants de travail social (ANAS) et l'Observatoire nationale de l'enfance en danger (ONED).
(3) «L'exercice de l'autorité parentale dans le cadre du placement. Recommandations de bonnes pratiques professionnelles»; http:// www.anesm.sante.gouv.fr/spip04cb.html?page=rubrique&id_rubrique=11; extraits publiés dans JDJ n° 295, mai 2010, p. 27-30.
(4) J.-P. Coco, «Le SAPMN ou l'imagination au pouvoir», JDJ, n° 205, mai 2001, p. 8-11