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Edito du n° 300 (12-2010)

Réinsertion ou relégation ?

Les incidents au collège de Craon (Mayenne) ont été relayés dans toute la presse. Quatorze jeunes, originaires de la Seine-Saint-Denis, venaient d'arriver dans cet «établissement de réinsertion scolaire» (ERS), à plus de 300 km. de chez eux, et auraient réagi violemment aux invectives des autres collégiens.

 Par Jean-Luc Rongé 


Enfin, que fait-on des enfants exclus des établissements de relégation ? Ils demeurent tenus à l’obligation scolaire. Vont-ils désormais faire le tour de France des ERS ?

Résultat : cinq jeunes, déjà exclus de leur établissement d'origine, sont exclus de l’ERS. Depuis deux mois, selon le maire (Le Monde, 12/11) «les parents ont mis le feu en véhiculant la peur… Il n’est pas surprenant que des collégiens aient insulté les jeunes de Seine-Saint-Denis puisque depuis septembre on leur dit que des voyous et des méchants vont venir dans leur collège».

Même le rapport Bockel sur la prévention de la délinquance des jeunes reconnaît que «la ségrégation des «mauvais éléments» et leur regroupement dans les mêmes classes contribuent à la création de noyaux durs de perturbateurs». Autant dire qu'à cette occasion, on avait installé le tonneau de poudre à côté de la flamme.

Mais l’ouverture des internats «pour des élèves dont personne ne veut», âgés de 13 à 16 ans,  fondés «sur une pédagogie qui mettra l'accent sur l'apprentissage de la règle et le respect de l’autorité», venait d'une commande présidentielle du 5 mai dernier.

Le ministère de l’Éducation nationale refuse de citer les lieux où les onze établissements ont été créés. À l’exception de Craon, il s’agit de sites qui ne sont pas connexes à un établissement ordinaire : Port-Bail (Manche), Verney (Rhône), Vialas (Lozère), Saint-Delmas de Tende (Alpes-Maritimes), Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), Colombes (Hauts-de-Seine), Sannois (Val d’Oise), Vaujours (Seine-St.-Denis), Schirmeck (Bas-Rhin), Dreux (Eure-et-Loir).

Dès l’ouverture du premier d’entre eux, à Saint-Delmas de Tende, le ton était donné par le recteur d’académie de Nice : «nous sommes dans un dispositif de scolarisation, à mi-chemin entre les centres éducatifs fermés et les classes-relais».

Ce caractère «contenant» a convaincu la Protection judiciaire de la jeunesse de répondre à la sollicitation de prendre en charge l’aspect «éducatif» du suivi de «mineurs», pourtant simples «perturbateurs» qui ne relèvent pas de la mission pénale qui lui a été exclusivement assignée.

Cet engagement de la direction de la PJJ a fait réagir le principal syndicat des agents (SNPES-PJJ/FSU). Selon le communiqué «ces établissements illustrent aussi une politique où la mise à l’écart et l’éloignement des enfants de leur milieu familial, considéré comme pathogène, deviendrait un dogme. L’internat scolaire peut constituer un point d’appui à la scolarité, mais il ne peut être la règle pour sélectionner les adolescents sur le seul critère du trouble qu’ils entretiennent dans l’institution. Il ne s’agit pas de favoriser un éloignement familial qui a du sens au point de vue éducatif et moral pour pallier au laxisme ou la démission supposés des parents».

Et cette «concentration», liée à l’isolement dont seront désormais l’objet ces internats, ne peut être qu’un vigoureux encouragement à la violence institutionnelle.

Enfin, que fait-on des enfants exclus des établissements de relégation ? Ils demeurent tenus à l’obligation scolaire. Vont-ils désormais faire le tour de France des ERS ?