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Edito du n° 305 (05-2011)

Au revoir Dominique

Avec la disparition de l’institution du défenseur des enfants (pardon : son intégration dans le «défenseur des droits»), c’est également un personnage, Dominique Versini, qui dégage le champ médiatique pour rejoindre le Conseil d’État où elle avait été nommée en 2004, au tour extérieur après son passage dans le gouvernement Raffarin.

 Par Jean-Luc Rongé 


On ne comptera pas le nombre de ses recommandations qui sont restées lettres mortes, même les plus «consensuelles», comme le «statut du tiers» dont la famille française d’aujourd’hui – régulièrement recomposée – manque aujourd’hui.

Sans vraiment faire partie du sérail de la «chiraquie», elle mena une carrière politique au RPR puis à l’UMP alternant les mandats électifs (conseiller dans 13ème arrondissement, conseiller régional, candidate malheureuse à la députation à Paris).

Elle participa activement à la création en 1993 du SAMU social avec Xavier Emmanuelli; elle en prit la direction de janvier 1995 jusqu’en mai 2002. Baladant l’étiquette «d’ouverture à la société civile» et l’allure «modérée» que Jacques Chirac voulait comme contrepoids de son rival de droite, elle exerça comme secrétaire d’État chargée de la lutte contre la précarité et l’exclusion dans les deux premiers gouvernements Raffarin.

Claire Brisset terminait son mandat (non renouvelable) en mai 2006 et l’on s’attendait bien à ce que le consensualisme de sa nomination sous le gouvernement de cohabitation ne se renouvelle pas. On redoutait une personnalité plus prudente, moins encline à défendre bec et ongle les principes énumérés dans la Convention des droits de l’enfant. C’est avec ironie que l’on considéra son appel au concours d’Astérix à l’institution – personnage violent avec les conscrits romains – et l’on prit au départ les missions de ses «ambassadeurs» comme un gadget de plus.

À la veille des présidentielles de 2007, la sourde bataille entre les «chiraquiens» soutenant «la réforme de la protection de l’enfance» et les «sarkozystes» qui tentèrent de tout englober dans la «prévention de la délinquance» marqua une fracture (de plus) entre les deux camps. Elle entra alors en disgrâce, ignorée par les ministres régaliens (justice, intérieur…) et ne fut reçue qu’à une seule reprise par le Président de la République pour lui remettre son rapport annuel, le 20 novembre, contrairement à ce que la loi prévoit.

Elle relaya au Comité des droits de l’enfant de l’ONU les critiques qu’elle a formulées contre les lois, notamment à l’égard de la répression de la délinquance juvénile (peines plancher, récidive, procédure accélérée…) et l’absence de prise en compte du statut de l’enfant dans les règles relatives à l’immigration (zone d’attente, prise en charge des mineurs isolés, enfermement des familles dans les centres de rétention…). Elle redonna vigueur à l’institution et assit sa légitimité.

Son «comité des jeunes» et son équipe qui parcoururent la France ramenèrent une photographie de la précarité dont son rapport thématique de 2010 rend compte, sans qu’aucune suite favorable cependant ne soit donnée par les pouvoirs publics à la situation des deux millions d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté.

On ne comptera pas le nombre de ses recommandations qui sont restées lettres mortes, même les plus «consensuelles», comme le «statut du tiers» dont la famille française d’aujourd’hui – régulièrement recomposée – manque aujourd’hui. L’homoparentalité y pointerait son nez et la majorité parlementaire ne veut pas en entendre parler.

Ses prises de position, souvent prudentes mais bien ciblées, ont pu servir de relais et ont légitimé l’action des associations défendant les droits de l’enfant. Plus les mois passèrent, plus son côté «poil à gratter» agaça plus d’un ministre, parfois contraint d’aménager un projet, un décret, une circulaire pour donner le change.

On rendra grâce à son indépendance conquise au fil des mois de son mandat et nul ne pourra la rendre responsable de la fin de l’institution qu’elle gagna à faire connaître, comme «autorité indépendante» jusqu’au Réseau européen des défenseurs des enfants (ENOC) qu’elle présida durant un an.

Nos chemins n’ont peut-être pas fini de se croiser.