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Edito du n° 306 (06-2011)

Il faut que ça cesse

À moins d’un an des élections présidentielles chaque prétendant à la magistrature suprême aiguise ses couteaux et peu importe qui sera la victime collatérale du combat sanglant qui s’annonce pourvu que l’opinion apporte les quelques dixièmes de points qui feront la différence.

 Par Jean-Luc Rongé 


Il faut que cela cesse, que les méfaits subis par ces enfants soient exposés à l’opinion, pourtant rétive à s’apitoyer sur le sort des étrangers… et que soient fermement condamnées les pratiques hors du droit, les collusions entre cadres de la protection de l’enfance, préfectures et parquets

Et l’on sait bien que deux formations politiques, placées à la droite de l’échiquier politique, entretiennent depuis des années leur fonds de commerce sur la peur des jeunes et de l’invasion étrangère. Chacune rivalise en outrance, la dernière revenant au ministre de l’intérieur, Claude Guéant, répandant récemment la rumeur absolument fausse selon laquelle les enfants des familles immigrées cumulent à eux-seuls les deux tiers des échecs scolaires.

Ce serait risible si, derrière ces discours, il n’y avait ce danger «d’extrême-droitisation» qui s’étend en Europe, et si les victimes collatérales n’en souffraient encore plus, car elles figurent déjà parmi les éléments les plus vulnérables de la société.
Personne n’ose s’aventurer franchement à contre-courant. On se rappellera notamment l’éducation dans les camps militaires prônée par Ségolène Royal durant la campagne de 2007.

À ce jeu, on se demandera lequel des candidats Sarkozy ou Le Pen gagnera le concours de la fausse rumeur qui tétanise même la gauche du champ politique, à laquelle on saura toutefois gré d’avoir obtenu du Conseil constitutionnel la censure de dispositions parmi les plus imbuvables comme celles de la loi Lopsi II ou l’accord franco-roumain de rapatriement des mineurs.

Ce blocage dogmatique a redonné vigueur à la défense des principes fondamentaux du droit élaborés en Europe après le désastre de la seconde guerre mondiale dont la Cour européenne des droits de l’Homme s’est faite la gardienne.

Le parcours judiciaire, de virages à 180° en tête-à-queue tourbillonnant, a abouti à la condamnation sans appel du culte de l’aveu en garde à vue, n’a pas mené à la redoutée «République des juges» et a permis à ce qui devrait être le troisième pouvoir à fixer les limites à ne pas (à ne plus ?) franchir.

C’est dans cette ambiance que s’est déroulé à Paris le 14 mai dernier le «faux vrai» procès de l’enfermement des enfants étranger au cours duquel Serge Portelli, agissant comme procureur a eu ces phrases : «Le droit est en train de changer, ce qui peut permettre aux enfants d’espérer (…) Le Conseil constitutionnel a également fini par critiquer la garde à vue, et puis, dans son courage exemplaire, la cour de cassation, en dernier. Il ne faut donc jamais désespérer de cette haute juridiction française».

Nous avons fait le choix délibéré de reproduire tout ce qui s’est dit au cours de cette journée, pour que les avocats s’emparent des traces laissées par le traitement abject des enfants privés de liberté dans les zones d’attente et les centres de rétention administrative, ce qui a fait dire à un des avocats, Brigitte Jeannot : «un mineur qui commet une infraction est mieux traité qu'un mineur étranger».

Il faut que cela cesse, que les méfaits subis par ces enfants soient exposés à l’opinion, pourtant rétive à s’apitoyer sur le sort des étrangers… et que soient fermement condamnées les pratiques hors du droit, les collusions entre cadres de la protection de l’enfance, préfectures et parquets sur les suspicions à l’égard des mineurs isolés étrangers, comme cela s’est passé en février dernier dans la Somme.

Il faut également briser le culte du recours systématique à la privation de liberté soi-disant «éducative» des jeunes qui ont commis des infractions, que soient exposés les signes évidents qui mèneront à la résurgence de la violence institutionnelle dans les centres éducatifs fermés et les établissements pénitentiaires pour mineurs.

On remplacerait alors le combat sanglant qui s’annonce par un débat démocratique, comme le public qui a assisté à cette journée de procès a pu l’apprécier, qu’on y verrait que des avantages, même si le représentant du parti au pouvoir n’a finalement pas souhaité y participer.