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Edito du n° 309 (11-2011)

Les armées en ordre de bataille

Les «primaires» du parti socialiste terminées, les candidats aux élections présidentielles sont en lice, même les non déclarés. L’on sait déjà que les thèmes chers au Président de la République seront à nouveau mis en avant. Au cours de l’interview publiée dans Le Monde (27.10.11), Claude Guéant, ministre de l’intérieur, livre sa stratégie : immigration, sécurité, les mineurs (délinquants ou non) et leurs familles (à pénaliser), tandis que le Président tente de rassurer les Français sur sa maîtrise de l’économie européenne… et mondiale.

 Par Jean-Luc Rongé 


Et si l’on arrêtait de faire du droit «pénalisant» ou faussement «protecteur» ? Et si, dans les programmes électoraux, on venait à penser en terme de «bien-être» des enfants et de leurs familles ?
Chacun sait que la bataille sera sanglante, et que la surenchère sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration fera des victimes parmi les plus vulnérables, notamment ceux qui ne votent pas parce qu’ils n’en n’ont pas de droit (les étrangers), les plus précaires parce qu’ils ne s’inscrivent pas sur les listes électorales.

Les «pauvres» représentent plus de huit millions d’habitants de la France métropolitaine (environ 13% de la population), parmi lesquels 2 388 000 enfants de moins de 18 ans (près de 30%)(1) alors qu’ils représentent 21% de la population.

Comme le signale Michèle Créoff dans le compte-rendu du débat que nous avons tenu le 4 avril 2011, quand on démantèle un camp de Roms, quand on met des enfants à la rue, ça n’émeut personne. Et quand on parle de renforcer les mesures contre les mineurs délinquants, d’ouvrir de nouvelles places dans les centres éducatifs fermés, d’évaluer le comportement des enfants de troisième maternelle, etc., c’est comme si on entendait un air connu qui ne fait plus frémir que les professionnels de l’enfance.

Mais qu’un homme politique déclare qu’il veut créer 60 000 postes dans l’enseignement – alors qu’on en a supprimé 45 000 en trois ans – on crie «au fou !"». Soi-dit en passant, si l’idée est sympathique, si l’éducation doit rester une chance pour chacun, s’il convient de remonter dans le classement PISA de l’OCDE, on aimerait que le candidat Hollande précise ce qu’il veut en faire. Si c’est pour refaire de la pédagogie (mot grossier selon certains), mettre fin aux classes-parking, aux discriminations, aux relégations, donner une place à la démocratie participative à l’école, on pourrait espérer que le plaisir d’apprendre revienne dans les murs de nos bahuts.

On voudrait croire qu’une campagne électorale ne tourne pas une fois de plus autour de la jeunesse considérée comme un danger : les auteurs de délits sont «dangereux», les petites victimes sont «en danger». Les deux échantillons mis en ensemble ne représentent que 1 à 2% de la population jeune. Il est facile de focaliser haine et compassion sur le petit nombre… qui n’a que rarement droit à la parole.

Et si l’on arrêtait de faire du droit «pénalisant» ou faussement «protecteur» ? Et si, dans les programmes électoraux, on venait à penser en terme de «bien-être» des enfants et de leurs familles ?

Certes, les circonstances économiques actuelles maintiendront encore le mal-logement, l’absence d’emplois stables, et l’on sait que les inégalités ne peuvent disparaître seulement avec de bonnes intentions.

Aller à rebours de ce qui s’est fait dans les dix dernières années, considérer les citoyens – même les plus jeunes - non seulement comme sujets de droits, mais également comme capables de participer démocratiquement aux décisions qui les concernent, permettrait peut être de gérer au mieux les moyens, même faibles, qu’il faudra donner à l’espoir de mieux vivre ensemble et non les uns contre les autres.

En ce sens, la contribution de Frédéric Jésu pour «une coéducation démocratique» devrait inspirer bien des réflexions.


(1)  Statistiques de l’INSEE, août 2011; le seuil de pauvreté étant calculé selon les normes européennes à 60% du revenu médian : http://www. insee.fr