Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
N° d'abonné :
Mot de passe :


Mot de passe oublié ?
Le prochain JDJ paraîtra le
20 septembre 2013
Consulter un autre édito



Pub inappropriée ?

L'AS-TU LU ?




Edito du n° 314 (04-2012)

Petite enfance, les enjeux

Si l’éducation figure parmi les priorités du candidat socialiste, avec le projet d’ouverture de 60 000 postes dans l’enseignement en cinq ans, le débat se focalise plutôt sur les lacunes des élèves au sortir du primaire et les retards scolaires au collège et au lycée.

 Par Jean-Luc Rongé 


nombreux sont ceux qui insistent pour que l’Éducation nationale s’empare de l’accueil de la «grande petite enfance», par la fréquentation de l’enseignement maternel dès l’âge de deux ans, dans des «classes passerelles»
Si le candidat évoque la création d’un service public de la petite enfance, c’est plutôt dans la perspective, honorable en soi, de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes qui se sont notamment aggravées avec le désengagement de l’État dans l’éducation périscolaire, coupable de la réduction de la scolarisation des moins de trois ans, passant de 34,6% à 15,2% en dix ans.

Quand François Hollande s’engage à faire progresser l’entrée en maternelle des moins de trois ans, il ne donne guère de précisions sur le type d’accueil dans ce qui reste une structure «scolaire». Et l’on sait que lorsque le «scolaire» est invoqué, on pense généralement «apprentissage», voire même «travail».

Et si l’on se mobilise pour prévenir les «bébés secoués», il ne faut pas négliger les traumatismes liés au passage brutal de l’environnement maternel à l’enseignement… maternel.

Lorsqu’on lit les préconisations du ministère de l’Éducation nationale dans sa circulaire du 29 mars dernier, les exigences en matière de maîtrise de la langue, des nombres, de la géométrie, d’attention, de mémoire, au sortir de la grande section, vont bien évidemment se répercuter sur «l’enseignement» dans les sections inférieures. L’évaluation qui devrait en être faite et les orientations vers un «enseignement différencié», ne vont-elles pas encore accroître les disparités entre les écoles, donc les inégalités entre enfants ?

Quel accueil pour les moins de trois ans ?

Réagissant contre le décret du 8 juin 2010, dit «décret Morano», le collectif «Pas de bébés à la consigne» s’était élevé contre l’extension des capacités d’accueil et le regroupement d’assistantes maternelles et la création des «jardins d’éveil», alternative à la régression de l’entrée des 2-3 ans en maternelle, portant l’encadrement d’un adulte pour douze enfants au lieu de huit. Dans ses questions aux candidats, ce groupe insiste pour une amélioration constante de la formation des professionnels et une plus grande exigence de qualification à l’embauche(1).

Et surtout, nombreux sont ceux qui insistent pour que l’Éducation nationale s’empare de l’accueil de la «grande petite enfance», par la fréquentation de l’enseignement maternel dès l’âge de deux ans, dans des «classes passerelles», telles que celles décrites dans nos colonnes par Élodie André.

L’enseignant y est accompagné par un «éducateur de jeunes enfants», garant du respect de son âge, de son intégration dans la collectivité, dans des objectifs qui ne se résument pas aux «apprentissages», mais à la socialisation, à son éveil, à l’acquisition de son autonomie; bref, à son bien-être.

On rejoindra Hubert Montagner dans ses recommandations : d’exclure tout «programme rigide, (…) en respectant toujours leurs dimensions d’enfant joueur, d’enfant rêveur, d’enfant acteur, d’enfant «câlin», d’enfant affiliatif, d’enfant explorateur, d’enfant turbulent, d’enfant conflictuel … quelles que soient les particularités de leur développement corporel, physiologique et mental, et quelles que soient les singularités de leurs façons d’être, leurs façons de faire, leurs perceptions de l’environnement et leurs modes de pensée (…)»(2).

Autant dire qu’on reviendrait aux fondamentaux : «mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine».



(1)  http://www.pasdebebesalaconsigne.com/
(2) H. Montagner, ancien directeur de recherche à l’INSERM, «Vers une Communauté Médico-Éducative & Humaniste», Famille Enfance Éducation populaire, décembre 2008.