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Edito du n° 321 (01-2014)

Globalement décevant

Après une décennie où la jeunesse était présentée comme source de tous les dangers, souvent pour camoufler l’échec des politiques sociales, où les devoirs l’emportaient sur les droits, où l’on dénonçait «le droit de l’Hommisme» source des atteintes à toutes les autorités, du chef de l’État à celle des parents, des enseignants ou des policiers, où nous revenions au XIXème siècle avec une justice à l’acte, quand le service public et ses acteurs étaient régulièrement fustigés sur la place publique alors qu’il eût fallu les soutenir, on attendait beaucoup… trop du 6 mai 2012.

 Par Jean-Pierre Rosenczveig* 


Tout n’est pas perdu. Il y a encore du temps utile à l’action. Ce gouvernement a été tétanisé par l’idée de mal faire et par l’ampleur de la crise des finances publiques. Il est pourtant capable d’avoir des projets ambitieux Globalement décevant ne veut pas dire totalement. Reste à éviter le définitivement décevant !

Certes un coup de frein au démantèlement de l’État aura été marqué; les anathèmes et les convocations diurnes ou nocturnes Place Vendôme ont cessé; cette fois, le président ne dégaine pas plus vite que son ombre un nouvel interdit ou une nouvelle loi au premier drame venu.. Ça repose !

Pour autant où est le changement promis ?

Des actes symboliques attendus ? Pas un à l’appel ! On espérait un ministère de l’enfance : ce n’est pas un objet explicite de politique publique. On attendait que la jeunesse soit mise au pinacle dans l’écriture gouvernementale : elle est associée aux sports quand on rêve toujours d’une délégation interministérielle à l’enfance et à la famille ou des délégations parlementaires aux droits des enfants.

On attendait des gestes forts comme en 1981, avec l’abrogation de la loi «Sécurité et liberté». Dans la foulée de l’élection, il fallait abroger les tribunaux correctionnels pour mineurs et revenir sur les peines planchers. Que nenni ! On joua le palais de la Belle au bois dormant.

On espérait rapidement des réponses dans un climat constructif et en profitant d’une relative harmonie politique.

Par exemple, sur les mineurs étrangers isolés. Le dossier a été repris… à un train de sénateur. On entrevoit un accord - dans l’intérêt des institutions publiques (État et conseils généraux) ou privées (associations prestataires) -, sans garantie du respect des droits fondamentaux des enfants concernés : qualité de la prise en charge, recours en cas de refus, sort à la majorité pour compléter le travail engagé le temps de la minorité … et arrêt de la stigmatisation.

Traduction directe, et préoccupante, que l’enfant n’est pas au cœur des préoccupations publiques : le dossier «Mariage pour tous et adoption». Le souci de répondre au droit à avoir un enfant l’emporte sur celui de garantir à tout enfant le droit à ses affiliations biologiques, affectives et sociales. Obnubilé par le souci de remplir une promesse électorale mal réfléchie, le gouvernement finit donc par oublier l’essentiel : l’intérêt de l’enfant avant celui de l’adulte.

Et que dire des démantèlements de camps de Roms au mépris de la dignité humaine et de la scolarisation des enfants ?

Et la réforme bâclée des rythmes scolaires ?

Neuf mois plus tard, on attend toujours des perspectives sur le devenir de la justice pour les enfants. L’objectif affiché de doubler les centres éducatifs fermés reste court. Le recrutement de 250 nouveaux éducateurs PJJ est intéressant, mais pour quoi faire ? Pour veiller au port des bracelets électroniques ou pour accompagner des jeunes en dificulté sur la durée et dans la cohérence ? Quand la PJJ aura-t-elle pour mission de répondre le jour même aux mesures éducatives qui lui sont confiées alors que l’administration pénitentiaire ne peut pas refuser un écrou ?

Bref on est globalement déçu.

Des lueurs quand même dans ce ciel morose : le souci de permettre aux enfants des catégories sociales les plus défavorisées d’accéder aux crèches, le plan de lutte contre la pauvreté, la scolarisation dès deux ans d'un maximum d’enfants là encore issus de milieux populaires, d’ores et déjà le recrutement d’assistantes sociales quand de longue date nous avancions qu’il faut remettre du social à l’école.


 *  Juge des enfants, vice-président du TGI de Bobigny.