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Edito du n° 328 (10-2013)

La route du Rom

On ne va pas faire le commentaire des bisbilles au sein du gouvernement, des «recadrages», ni celui des phrases assassines - dont certaines sont des incitations au meurtre(1) - qui sont de véritables appels à la discrimination ethnique, dans le droit fil du discours de Grenoble du précédent président de la République en juillet 2010.

 Par Jean-Luc Rongé 


Effectivement, il faut immédiatement arrêter de jouer avec le sort d’une population, avec l’avenir de ses enfants… et de rejeter la faute sur l’Europe qui ne s’entend pas pour «intégrer» plusieurs millions de ses ressortissants. L’exemple commence par soi-même.

Le questionnement se limitera à savoir si, lorsque le ministre de l’intérieur déclare à la radio que seule une minorité de Roms souhaite s’intégrer en France et que la majorité «doit être reconduite à la frontière», il y inclut les enfants, qui pourraient avoir vocation à «s’intégrer» et à devenir français, comme nombre d’étrangers de la deuxième génération, comme lui-même.

Quelle insertion, quelle «intégration» peut-on prévoir lorsque des populations terriblement fragilisées vivent dans les campements de fortune, systématiquement démantelés et qu’à chaque fois, les quelques liens patiemment établis par eux et les associations qui les soutiennent et les accompagnent sont systématiquement détruits ?

Et chaque fois, ce sont les gosses qui morflent le plus : de voir leur habitat démoli sous leurs yeux, leurs parents humiliés, de ne plus voir leur institutrice, leurs camarades de classe, de devoir être «relogés» (quand ils le sont), dans des chambres d’hôtel à des dizaines de kilomètres de leur école… où leur inscription avait été obtenue de dure lutte contre la volonté irresponsable de certains maires (de tous bords) ?

Pourtant, dans une circulaire du 26 août 2012(2), le gouvernement s’était mis d’accord pour inscrire le maintien à l’école de ces enfants. En février dernier, en déplacement à Versailles, George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative, avait rappelé «le principe républicain d’égalité d’accès au service public de l’Éducation et la nécessité de permettre à ces enfants, discriminés de par leur mode de vie itinérant, de pouvoir suivre une scolarité régulière comme tous les enfants».

Ce devoir de l’État a été rappelé récemment par Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale : «On me parle en cette rentrée de cas qui seraient douloureux, d’enfants qui se verraient en rupture de scolarité. C’est inacceptable et donc je demande à tous les services de faire en sorte que cela s’interrompe».

Et pourtant le constat est là : «Malheureusement nous sommes dans l’obligation de constater que cette circulaire interministérielle d’août 2012 n’est pas appliquée dans tous les cas, loin s’en faut» déclare Dominique Baudis, défenseur des droits à l’Assemblée nationale le 27 septembre dernier. Et celui-ci d’ajouter «Ce n’est pas par des anathèmes ou des slogans que nous ferons disparaître le problème, seuls le droit et la raison permettent d’y faire face».

Et pourtant, cette politique de la terre brûlée rencontre l’anathème des associations, dont on ne peut soupçonner leur volonté de nuire à l’un ou l’autre champ politique : «C’est non seulement le pacte républicain qui est ainsi remis en cause, ce sont les fondements mêmes d’une société démocratique respectueuse de chacune et chacun qui sont fragilisés»(3).

D’autres ont annoncé qu’elles ne jouaient plus dans ce théâtre d’ombres. Ainsi DEI-France s’est-elle retirée des groupes de travail réunis par le DIHAL autour du préfet Alain Régnier autour de l’application de cette circulaire(4).

Effectivement, il faut immédiatement arrêter de jouer avec le sort d’une population, avec l’avenir de ses enfants… et de rejeter la faute sur l’Europe qui ne s’entend pas pour «intégrer» plusieurs millions de ses ressortissants. L’exemple commence par soi-même.


(1) Le député-maire de Cholet (Maine-et-Loire), Gilles Bourdouleix, déclarant que «Hitler n’en avait peut-être pas tué assez», le maire UMP de Croix (Nord), Régis Cauche, qui a osé : «si un Croisien commettait l’irréparable contre un Rom, il le soutiendrait», Christian Estrosi, maire de Nice, député des Alpes-Maritimes de déclarer qu’il «les materait»…
(2) Circulaire interministerielle NOR INTK1233053c du 26/08/2012 relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites.
(3) Lettre ouverte à François Hollande signée par le Secours Catholique, la Cimade, CCFD – Terre Solidaire, Emmaüs-France, la FNARS Fédération nationale des associations de réinsertion sociale), Médecins du Monde, le Collectif Romeurope, ATD Quart-Monde, http://www.lacimade.org/communiques
(4) Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées (DIHAL). DEI-France, lettre ouverte : http://www.dei-france.net/Population-Roms-la-circulaire.html