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Edito du n° 331 (01-2015)

À misère égale, misère égale ?

Le développement depuis deux ans de la protection de l’enfance accordée aux mineurs isolés étrangers (MIE) laisse augurer de mauvais jours pour ce dispositif. On pourrait d’ailleurs en dire autant du défaut de protection des enfants roms, qu’il s’agisse des victimes de la traite ou des enfants des familles expulsées des campements avec la brutalité que l’on sait.

 Par Jean-Luc Rongé 


Aujourd’hui, le déni touche les plus vulnérables dont on fait des «sans droits». Et demain, à qui le tour ?

Qu’il s’agisse de la description dans ce numéro des conditions d’hébergement dans un «dispositif de mise à l’abri» des MIE à Paris, de la protection au rabais accordée dans des départements à la suite du plan de répartition du 31 mai dernier ou de l’absence totale d'aide, on en est à se demander si le prétexte budgétaire systématiquement avancé ne va pas tôt ou tard rejaillir sur la prise en charge de tout enfant, qu’il soit français, étranger, résidant en France avec sa famille ou isolé.

Au cours de l’année 2013, nous avons plusieurs fois eu l’occasion de décrire les pressions qui s’exercent sur les travailleurs sociaux, en requérant plus de temps passé à la gestion bureaucratique qu’au suivi des familles. Nous avons vu également depuis 2011 – et encore plus en 2013 – des présidents de Conseils généraux se mettre hors la loi en ordonnant de ne plus accueillir des enfants qui leur étaient confiés par l’autorité judiciaire... il s’agissait bien entendu des MIE.

Nous avons également pu constater que certains départements, en s’adressant à des associations humanitaires, leur faisaient en fait exercer leurs basses œuvres pour éliminer les jeunes étrangers qui se présentent en se basant sur des critères tout aussi arbitraires que l’expertise osseuse requise par les parquets ou les juges. Elles ont été aussi requises pour garder en stand by ceux dont on ne savait que faire, que personne ne voulait, dans des conditions indignes que cela soit sur le plan éducatif ou sanitaire.

On a vu des juges laisser traîner le plus longtemps possible des dossiers de jeunes (isolés et étrangers, bien sûr) qui requéraient leur protection; des cours d’appel, notamment celle Paris dénier toute valeur à des documents d’identité pourtant non contestés par la police des fraudes, préférant s’intéresser aux résultats des expertises osseuses pour leur coller un âge supérieur à 18 ans.

On a vu des jeunes (isolés et étrangers toujours) expédiés dans d’autres départements et en revenir tout penauds parce qu’on avait refusé de les accueillir.

On a vu certes des ministres, dont celle de la justice, s’échiner à trouver un accord avec l’Assemblée des départements de France, qui n’a pas pu susciter la bonne volonté de tous ses membres.

On a vu des services sociaux, dont l’Aide sociale à l’enfance, se défiler de leur responsabilité lorsque des familles avec enfants – parfois en bas âge – se faisaient expulser manu militari des campements qu’elles occupaient et étaient jetées à la rue sans aucun abri. On est loin de l’époque lorsque, dans le Val-de-Marne, l’ASE avait organisé la mise sous protection des familles dans le gymnase de Cachan.

Si les finances des départements sont à ce point déficientes, si l’État n’abonde plus le fonds de protection de l’enfance, comme dans le budget 2014, que vont devenir les filets de sécurité contre la misère, les dispositifs de protection sociale, parmi lesquels la protection de l’enfance ?

La mission première de cette dernière n’est pas d’arracher les enfants à leur famille – tout le monde en convient – mais d’aider les parents et les enfants à faire face aux difficultés dont la première est la précarité qui s’étend.

Aujourd’hui, le déni touche les plus vulnérables dont on fait des «sans droits». Et demain, à qui le tour ?