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Edito du n° 352 (02-2016)

Radicalisation...

Les attentats de novembre ont secoué les consciences qui s’interrogent sur ce qui peut avoir motivé ces jeunes hommes à se faire sauter pour tuer le plus de monde possible, alors qu’ils sont nés dans cette Europe occidentale réputée tolérante, y ont fréquenté les mêmes endroits où ils ont semé la mort.

 Par Jean-Luc Rongé 


Toutes concluent à un nouveau souffle qui pourrait être impulsé par la Protection judiciaire de la jeunesse pour améliorer la réponse éducative... pour autant que la volonté politique l’y incite.

Malgré les invectives d’un premier ministre pour qui «comprendre c’est justifier», l’interrogation demeure, au premier chef au sein des services de police et de renseignement. On ne peut enrayer un phénomène, fait d’allers et retours des zones de
combat du Moyen Orient, sans avoir tenté de toucher le fond du réflexe mortifère que le «djihadisme» génère.

On cherchera dans l’acculturation des populations d’origine étrangère, dans les discriminations dont les enfants d’immigrés sont l’objet - songeons aux entrées refusées dans les boîtes de nuit -, du ressort psychologique du manque de débouchés,
des périodes de chômage... Tant de paramètres entrent en compte pour pouvoir débusquer ce qui fait mûrir la dérive sectaire de ceux qui deviennent obnubilés par la guerre et par la mort.

Nous tentons une approche avec la précieuse contribution de Johan Leman, cet anthropologue belge qui maintenant préside le Centre pour immigrés dans cette cité de Molenbeek , un grand quartier de la capitale de l’Europe maudit par les médias.
Auparavant, il a été le premier directeur du Centre d’égalité des chances, autorité indépendante, à l’instar de notre Défenseur des droits.

Sid Abdellaoui, professeur à l’Université de Lorraine nous a confié l’interview réalisée par Karim Goulamine dans lequel il rapporte les questionnements suscités par ses rencontres avec des «radicalisés» et ses réflexions sur une prise en charge adaptée de ceux-ci.

L’abandon de portions du territoire, de quartiers posent aussi nombre de questions, notamment sur la présence sur ces terrains de ceux que l’on appelle «les éducateurs de rue», souvent le dernier lien de confiance de nombre de jeunes avec une réalité
sociale qu’ils ont du mal à intégrer. Véronique Le Goaziou a consacré un ouvrage sur l’enquête qu’elle a réalisée sur la prévention spécialisée dans plusieurs départements. Et c’est par un cri d’alarme que Jean-Pierre Rosenczveig prévient des menaces qui pèsent sur cette compétence départementale au nom des économies à réaliser.

On évoquera aussi la radicalisation de la justice de l’enfance délinquante dont les dispositions répressives se sont additionnées aux dépens de la nécessaire prise en charge éducative. On attendait beaucoup des gouvernements issus des élections de
2012. Des projets se sont succédés - nous en publions le dernier de «l’ère Taubira» -, sans être persuadé qu’un gouvernement osera le présenter au législateur.

Toutes les contributions que nous présentons s’associent pour une redéfinition de la justice juvénile et l’amélioration de son cadre éducatif, dont l’intervention de Philippe Jaffé à Bruxelles le 15 février dernier par laquelle il énonce les risques inhérents à l’enfermement d’enfants.

Toutes concluent à un nouveau souffle qui pourrait être impulsé par la Protection judiciaire de la jeunesse pour améliorer la réponse éducative... pour autant que la volonté politique l’y incite.

Pour ce faire, il est nécessaire que les principales orientations des projets «Taubira» puissent être présentées au législateur, notamment la césure de la procédure à l’égard des mineurs délinquants permettant de scinder la phase de la culpabilité de celle de la réponse au fond... et d’en finir avec le Tribunal correctionnel pour mineurs, chronophage et de peu d’efficacité, comme l’avaient constatés il y a déjà trois ans des magistrats de la Cour de cassation, s’agissant de la formation composée de «citoyens assesseurs» (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/134000144/index.shtml).

On saluera aussi le rapport de Défense des enfants international sur l’évaluation et le contrôle de la détention pénale des mineurs et des procédures de plainte, une recherche européenne réalisée en France par Johanna Bonneau, assistée de Jade
Grosjean
.