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Edito du n° 361 (01-2018)

Prévenir, une spécialité

C’était il y a 45 ans, le 4 juillet 1972, qu’était promulgué un arrêté interministériel relatif aux «clubs et équipes de prévention» qui prévoyait : «Peuvent être agréés les organismes qui, implantés dans un milieu où les phénomènes d’inadaptation sociale sont particulièrement développés, ont pour objet de mener une action éducative tendant à faciliter une meilleure insertion sociale des jeunes, par des moyens spécifi ques supposant notamment leur libre adhésion.

 Par Jean-Luc Rongé 


La nouvelle donne - le combat contre «la radicalisation» - accorde une légitimité à l’action de terrain, car tout ne se résout pas par l’infiltration, le renseignement... le partage de l’information si l’on veut prévenir les décrochages, les disparités, les discriminations qui peuvent conduire au rejet absolu des institutions, même celles censées protéger les plus faibles.

Ces organismes doivent disposer d’une équipe de travailleurs sociaux expérimentés : éducateurs, animateurs, personnes bénévoles compétentes en matière de prévention. L’action éducative de ces organismes est menée en collaboration avec les services sociaux, les groupements et établissements socioéducatifs et culturels».

Puis, vint la décentralisation, le transfert de la prévention spécialisée aux départements dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance, qui n’a jamais été envisagée comme une compétence obligatoire, ce que regrette un rapport de l'Assemblée nationale dont nous publions des extraits dans ces pages.

Puis vint la confusion en 2007, avec la loi sur la prévention de la délinquance, instiguée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy taillant des croupières à son collègue Philippe Bas qui portait le projet de réforme
de la protection de l’enfance. Les principes de la prévention spécialisée - absence de mandat individualisé, libre adhésion, garantie de l’anonymat et pour corollaire le secret professionnel - venaient se heurter au partage de l’information dans une
vision policière du contrôle social.

Aujourd’hui, la situation financière des collectivités locales n’incite guère au renouvellement et à l’extension de cette compétence vers les lieux où la difficulté sociale est particulièrement présente. Nombre de «clubs» et d’associations sont
mandatés pour faire du soutien scolaire, des voyages organisés, loin de la mission de ceux que l’on appelle «les éducateurs de rue».

Il y a un an, nous présentions déjà l’alerte de Jean-Pierre Rosenczveig («La prév est en danger») ainsi que les conclusions de l’ouvrage de Véronique Le Goaziou («Éduquer dans la rue») dans lesquelles la sociologue parlait également de réussites : «Là où les associations de prévention spécialisée ne sont pas en danger, c’est notamment parce qu’on leur fait confiance et que leurs pratiques et leurs missions trouvent des portages institutionnels et politiques, et cela est quasi indépendant des affiliations partisanes des élus en exercice».

La nouvelle donne - le combat contre «la radicalisation» - accorde une légitimité à l’action de terrain, car tout ne se résout pas par l’infiltration, le renseignement... le partage de l’information si l’on veut prévenir les décrochages, les disparités, les discriminations qui peuvent conduire au rejet absolu des institutions, même celles censées protéger les plus faibles. La nécessaire confiance des jeunes avec les acteurs repose notamment sur les principes de «la prév» énoncés plus haut.

C’est ce que tente la nouvelle Métropole de Toulouse qui a hérité des compétences départementale, comme l’expliquent Nadège Grille et Yannick Dignac. C’est aussi les expériences des SCOPADOS qui ont eu un succès relatif, notamment
par l’implication des jeunes dans ce que l’on peut appeler «l’économie sociale».

C’est également le résultat de la «pédagogie sociale» qu’expose Laurent Ott, dont l’association s’implante, sans mandat offi ciel, dans un quartier, en offrant une présence soutenue et un accueil inconditionnel aux habitants et aux communautés
qui l’entourent.

Tout reste à penser, et en certains lieux, à refaire.