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Edito du n° 365 (05-2017)

Radicalisation

La guerre dans la zone syro-irakienne et ses répercussions par les attentats ont fait surgir un spectre de radicalisation qui paraissait au départ peu contrôlable. Après les assassinats commis à Charlie Hebdo et au «Super cascher» de Vincennes, on a pu se rendre compte que des jeunes élevés au sein de la société française pouvaient passer à l’acte le plus abominable qui soit. Déjà, les assassinats odieux commis par Mohamed Merah avaient commencé à éveiller les consciences lorsque l’on avait pu apprendre le parcours chaotique de l’enfance de ce jeune homme.

 Par Jean-Luc Rongé 


il fallait «recevoir tous ces enfants qui ont des malheurs différents, et on va voir comment on peut arriver à vivre tous ensemble»

Vivrait-on désormais dans une France où «la radicalisation» deviendrait le premier danger pour la stabilité du pays et la tranquillité de ses habitants ? Toutes les radicalisations ne sont pas identiques, ne sont pas violentes et ne visent pas au
massacre des innocents.

La France connaît ses radicalités; il suffit d’examiner les résultats des élections présidentielles, les candidats dits «radicaux» (pas les ancêtres PRG et valoisiens), qu’ils soient d’extrême droite ou de la gauche dite «radicale» ont additionné plus de
40% des voix exprimées au premier tour... et c’est sans compter les «radicalités» qui s’expriment au sein des formations traditionnelles, tentées par le discours identitaire. Songeons à la mascarade du «burkini» l’été 2016 qui a fait se moquer de la France dans la presse internationale, ou encore de la polémique sur les repas de substitution dans les cantines scolaires.

Ces «radicalités», si elles n’appellent pas à la tuerie, instillent néanmoins un poison dangereux qui atteint le regard des plus jeunes sur le monde.

C’est à l’honneur de Jacques Ladsous, disparu au mois d’avril d’avoir toujours compris et affirmé qu’il fallait «recevoir tous ces enfants qui ont des malheurs différents, et on va voir comment on peut arriver à vivre tous ensemble» lorsqu’il travaillait en Algérie, avant et après le déclenchement de la guerre d’indépendance qui ravagea ce pays.

Martine Pretceille, qui intervenait à la journée d’études de DEI-France consacrée à l’interculturalité, souligne «L’individu n’est plus au coeur d’une identité unique, mais au contraire de plusieurs identités : nationale, européenne, religieuse, générationnelle…. Toutes ces identités ne sont pas exclusives les unes des autres. C’est ce qui favorise les jeux identitaires, les stratégies, les manipulations». Elle reprend qu’il faut se convaincre de cette phrase d’Édouard Glissant pour que «à l’imaginaire de l’identité racine-unique se substitue l’imaginaire de l’identité-relation»... ce qui pourrait également se traduire dans les mentalités par la transition d’une société «multiculturelle» tant crainte par les élites vers une société «pluriculturelle», faite d’échanges.

Venons-en aux jeunes dits «radicalisés» qui constitueraient un danger. La justice des mineurs et son «bras armé et éducatif», la Protection judiciaire de la jeunesse, s’inquiètent du sort à réserver à ceux qui reviennent des zones de combat, à ceux qui
voulaient y partir, ou encore à ceux qui, par leurs paroles, leurs échanges, appellent à la terreur au nom d’un «Djihad» dont ils ignorent généralement le sens religieux.

Un magistrat, un chercheur et un éducateur s’inquiètent du constat qu’ils ont pu faire : «En audience, l’argument selon lequel le prévenu est «un danger pour la société», une «menace contre la sécurité nationale», prend le pas sur les considérations afférentes au statut de mineur (comme la personnalité en construction) et limite l’éventail des condamnations pénales qui sont effectivement prononcées. Comment remettre en liberté - même surveillée - quelqu’un qui pourrait faire la une de la presse pour un acte particulièrement odieux ?».

Et ceux-ci de conclure : «Souhaite-on simplement une neutralisation des individus concernés ou, comme le propose l’ordonnance de 1945, «le relèvement de l’enfant» ?

La question se pose vivement au moment où la détention des mineurs augmente de façon inquiétante.